Chapelier Fou

Invisible

Invisible

 Label :     Ici D'Ailleurs 
 Sortie :    lundi 26 mars 2012 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Si j'avais dû parier sur le titre du prochain album de Chapelier Fou, j'aurais été loin d'imaginer que celui-ci serait intitulé simplement et sobrement Invisible. Les 30 secondes de larsens, squeezes et bips (souvenirs des tests en caisson chez l'ORL), qui ouvrent ce disque affirment d'emblée l'intention du français de parachever son identité folktronica et de s'essayer à une sphère différente. En aucun cas, ils avancent le maintien du statu quo.

D'emblée, son propos est clair. Louis Warynski compte sortir de la zone de confort que lui procure son violon et pousser vers les tréfonds de l'électronique et ses retranchements erratiques. De plus, ayant accompagné son collègue et ami Matt Elliott (encore dans le coup sur "Moth, Flame") en tournée avec The Third Eye Foundation, il a goûté à la noirceur incarnée et a l'intention de faire subir à ses compositions la même peine capitale. Le violon se meurt et s'efface péniblement, acculé à cette marotte sinistre et Invisible prend alors du sens. Les boucles se délient, s'étendent et s'ouvrent, les cordes sont lissés en fond, les sons se font plus rêches, Warynski se détache des raccourcis et étiquettes classiques, suffisamment aguerri dans l'art de l'IDM pour le transcender dès que la moindre brèche s'ouvre. Si "Shunde's Bronx" piqué aux synthétiseurs hyperactifs délurés et "Cyclope & Othello" croisade épique de neuf minutes vers une cité rétro-futuriste avaient déjà donné des signes avant-coureurs, c'est "Fritz Lang" qui représente le plus ce glissement irrévocable. Errements larmoyants de violon, notes de piano immaculés, le rythme monte et s'emballe, le violon essaie de suivre la cadence en vain, les sonorités glitch sont trop puissantes et ont raison des signaux analogiques trop faibles.

Invisible serait par conséquent le Metropolis de Chapelier Fou, sa pièce la plus électronique et mécanique, bardée de métal froid et de condensateurs surchargés reliés par des circuits imprimés, véritables autoroutes pour octets soniques. Le fruit d'un raisonnement évasif où les samples ne sont plus repliés sur eux-mêmes mais œuvrent dans le but commun d'édifier une cité impétueuse dominant avec poigne l'instrument du messin. Autre point culminant, "Protest" illustre cette relation déséquilibrée où les cordes sont prises sous le joug d'un mixage tout en soubresauts, de sorte à ne pouvoir s'exprimer pleinement. Néanmoins il n'est pas question d'en usurper l'identité mais plutôt de l'honorer comme il se doit pour en être les solides fondations et avoir écrit les premiers chapitres d'une longue odyssée. L'échappée contemplative onirique "L'eau Qui Dort" et "Tricot" qui se cogne à l'écho d'une fête foraine déserte seront d'ailleurs de cet hommage révérencieux.

Sous le signe de la confidence et d'une grande ambition, cet album témoigne d'une transformation qui a de la suite dans les idées et a envie de s'aventurer sur la face cachée de la Lune. Plus austère et inhabité que 613, Invisible – qui présente neuf visuels différents interchangeables correspondant chacun à un titre – n'en a pas moins de somptueuses formes humaines comme l'androïde à l'image de Maria et continue de témoigner de la rare sensibilité de son auteur. Et son titre a plus d'une bonne raison d'exister...


Parfait   17/20
par TiComo La Fuera


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
153 invités et 0 membre
Au hasard Balthazar
Sondages
Dans la série "C'est (devenu) trop chiant, ne me parlez plus d'eux!", vous désignez:


The Arcade Fire
Arctic Monkeys
Baby Shambles
Clap Your Hands Say Yeah !
Dionysos
I Am X
Interpol
Mogwai
Placebo
Radiohead