Bon Iver

Bon Iver, Bon Iver

Bon Iver, Bon Iver

 Label :     Jagjaguwar 
 Sortie :    lundi 20 juin 2011 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

C'est ça alors l'album de l'année déjà proclamé ? Alors qu'on est au début de l'été à peine ? Encensé par Pitchfork, par les blogs spécialisés, par les médias ? Vanté par tous, les chômeurs, les traders, la gauche, la droite, les racistes, les aoûtiens, les juilletistes et la Grèce ? Soit. Néanmoins... Gniark gniark ! Il lui reste une épreuve à passer, et quelle épreuve ! Prométhée ou Ravaillac, c'est du vomi de chaton à côté de ça : la sentence XSilence.

Il faut avouer que Bon Iver (prononcer Bon Hiver, ou simplement Justin Vernon) avait su mettre tout le monde d'accord il y a trois ans, avec son premier bébé For Emma, Forever Ago. L'histoire de la rupture, de la cabane, de la guitare, on la connaît tous. Avec du peu, Bon Iver faisait du grand. L'enchantement était immédiat et l'addiction quasiment incurable. Adieu donc simplicité et guitare sèche ! Bonjour synthés, percussions, pedal steel et saxos ! Bon Iver découvre plein d'instruments et nous en met un peu partout. La production en prend aussi un coup : les morceaux sont très riches, et il faut un certain temps d'adaptation pour apprécier ce disque, surtout si on était inconditionnel du précédent opus. Qu'on se rassure, la guitare sèche se trouve encore de manière éparse sur quelques morceaux. Question principale : est-ce que ça marche ?

Dès le premier morceau "Perth", malgré un changement de style évident, on a l'impression d'être en terrain connu. On se sent chez soi, au chaud et rassuré. Idem avec "Minnesota, WI" et ses rythmiques faussement reggae. Bon Iver oublie le falsetto qui l'avait démarqué il y a trois ans et tente de plus moduler sa voix, quitte à l'emmener dans des graves surprenants. La voix, dont d'aucuns de ce site diront qu'elle inflige à leurs oreilles l'équivalent d'un coup de pied aux burnes (mais pour les oreilles), modulée/autotunée/ou non, se marie, à ma surprise, de manière agréable à ces nouvelles instrumentations, sans que les arrangements dégoulinent d'un surplus d'effets ou se noient dans un miasme sonore. "Michicant" ou "Holocene" sont déjà plus aventureuses et plus recherchées, mais traînent un peu en longueur. Pas entièrement conquis cependant. "Towers" sonnerait presque comme un retour aux sources, dans un esprit country. "Wash" est une jolie ballade au piano, où quelques cordes viennent se poser pour rendre ce morceau très réussi. Le premier single "Calgary" reflète bien la teneur d'un album, qui oscille entre élans pop-rock assumés et passages chamber pop plus éthérés..

Même après plusieurs écoutes attentives, j'ai du mal à parler de cet album et savoir si je dois regretter que Vernon ne nous ait pas offert un For Emma bis. Mais ce disque me touche, d'une façon difficilement cernable. Le sieur Iver ne me rend d'ailleurs pas la tâche difficile avec le dernier extrait de l'album, "Beth/Rest", où il exhume sans scrupule les fantômes que l'on croyait enfouis, de Phil Collins et des sonorités eighties moches. Les fans sont encore plus divisés. Mais le pire c'est qu'il est réussi et plutôt bien exécuté, ce passage. Au moins, daigner retenir l'audace d'un tel morceau. Sacré casse-tête.

On attendait Bon Iver au tournant. Sans doute qu'il fait désormais la musique qu'il aime, celle qui l'a inspiré. Sans doute aussi a-t-il définitivement oublié Emma et peut métaphoriquement et musicalement se reconstruire, être maladroit mais sincère, faire quelques erreurs à nouveau, et les réparer prochainement, s'ajuster. Vernon, après nous avoir livré ses tripes sur un plateau, nous offre son album éponyme et nous envoie dans les circonvolutions et les méandres de sa création artistique et de son talent, dont il est difficile de s'extirper indemne et rempli de certitudes.


Très bon   16/20
par GrotesqueAnimal


 Moyenne 16.50/20 

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Posté le 07 septembre 2011 à 19 h 24

De ma fenêtre de TGV, je me vois contraint pour vaincre un certain ennui de contempler le paysage morne et répétitif qui s'offre à mes yeux. Et là me prend l'envie d'écouter le nouvel album de Bon Iver. Bon Iver nous avait laissé, voilà trois ans maintenant, avec son premier album, qui sentait bon la cabane de pêcheur, la déception amoureuse, l'isolement, tout ça. Un sacré bon album. Maintenant, paraît son second opus, un cap fatidique pour tout artiste ayant fait une entrée fracassante.
Cependant, il est indéniable que Bon Iver a réussi à passer ce cap là formidablement, répondant à nos attentes les plus exigeantes (ou presque). Avec son album doublement éponyme, Bon Iver, Bon Iver, le groupe persiste et signe dans un style de la même veine que le précédent album, sans toutefois se répéter. Le style s'est étoffé ici, l'instrumentation est bien plus importante, et surtout l'album ne nous cantonne pas à une cabane sentant le poisson rance et les pleurs. L'album se compose de 10 pistes, dont autant de destinations de voyages, réelles ou imaginaires. L'ami Vernon a pansé ses plaies et s'est ouvert à une instrumentation plus touffue et riche.
Tambours battants, on pénètre dans "Perth", ouverture presque dantesque de l'album pour filer sans s'en rendre compte dans le Minnesota. Et l'album défile à l'instar de ce paysage répétitif, mais les verts champs qui semblent composer la majeure partie des choses visibles d'un TGV me paraissent plus beaux. On s'imprègne de cette ambiance douce, voluptueuse, qui s'éloigne du clivage triste/joyeux de manière radicale. Bon Iver ne nous gratifie pas de chansons basées sur le sempiternel modèle "calme-tempête", ici les pistes sont beaucoup plus finaudes que cela. La voie merveilleuse de Vernon nous distille des petits moments de grâces presque diaphanes, de-ci de là, zigzagant entre les sonorités. Certes, il s'essaie à autre chose que son falsetto, mais cela reste au demeurant charmant, et parfois tout troublant.
Bon Iver m'a convaincu aussi d'aller à "Calgary", moment de bravoure du groupe, qui s'impose comme référence du genre. Il a frappé fort en entrant en 2008, mais il s'installe définitivement avec leur album bi-éponyme. Cependant, on ne pourra m'ôter de la tête que cet album sera plus tard qualifié d'album de transition. Le style de Bon Hiver mute peu à peu, il s'essaie ici à faire quelque chose de nouveau, tout en gardant, je le répète une continuité non négligeable avec le précédant opus. Serait-ce une bonne chose? Je ne peux le dire à l'heure actuelle, mais pour l'instant, l'essai a de bonnes chances d'être transformé.
Parfait   17/20







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