The Berg Sans Nipple

Life If (In Four Parts)

Life If (In Four Parts)

 Label :     Bizarre K7 
 Sortie :    2004 
 Format :  Mini Album / CD  Vinyle   

Le parcours musical de Berg sans Nipple est fort mouvementé : pas une des productions n'est pour le moment sortie sur le même label. C'est ici sur la micro structure française Bizarre K7 - qui n'existe plus - que paraît ce curieux disque - qu'on ne trouve presque plus - , dont l'ambiguité du format prouve à elle seule que le duo n'est pas prêt à tomber dans le conformisme (les deux acolytes semblent encore moins raisonnables que sur Form Of... d'ailleurs). Si le disque ne comporte que 4 titres et qu'il se présente donc comme un maxi, sa durée totale atteint celle d'un court album (35 minutes). Le contenu étant excellent, il serait dommage de le considérer comme un petit maxi, car qui dit maxi dit trop souvent secondaire. Alors même si le duo lui-même n'est pas d'accord, considérons le comme un album. Ainsi il sera peut-être réédité plus rapidement.
Life If fait beaucoup penser à Can, notamment à l'album Future Days : comme pour le disque des nos hurluberlus teutons, il contient quatre titres, le dernier occupant toute une face de vinyle. Et quel gros morceau : c'est une longue avancée ambiant portée par un rythme de batterie-percussions tribal et répétitif (grande analogie avec le krautrock donc), sur lequel se posent des drônes parasités parfois par d'inquiétants sifflements analogiques. Une partie que certains pourront juger ennuyeuse, mais pour peu qu'on se laisse aller, les battements de notre coeur pourront peut-être se synchroniser avec cette interminable pulsation aux relents de magie noire.
N'ayons pas peur pourtant, car plutôt que de verser dans une obscure musique d'ambiance noisy, c'est avant tout à l'âme que la musique de Berg sans Nipple vise à s'adresser en premier. Car mis à part cette longue finale déconcertante (et superbement hypnotique à mon avis), les trois autres titres sont placés sous le signe d'une pop déstructurée assez inédite, où la voix n'a jamais autant été mise en avant. Relents d'electro-pop à la Notwist étouffés par une saturation cradingue sur " (process)ion ", sens inné pour installer une dramaturgie dans la progression d'un morceau à l'aide de sons analogiques crasseux et de percussions en tous genres, nos deux petits savants fous, en très grande forme, construisent une nouvelle fois une toile vertigineuse. Une petite voix aigue et fragile (je pense ici particulièrement à Jason Lytle de Grandaddy) tente de se frayer un chemin tant bien que mal dans une maison sonore branlante, semblant construite à l'arrache avec des matériaux de récup'. Mais cette maison digne d'un mauvaise invention du piètre Numérobis, elle a fière allure. Le magie naît de l'agencement : par exemple de l'association d'une vieille basse de Casio boostée à des cloches syncopées. Quant à la batterie toujours suprêmement inventive et précise de Shane, elle soutient un édifice qui, en grande partie grâce à elle, n'est pas prêt de s'écrouler.
Ce qui fait ressembler Berg sans Nipple à aucune autre formation, c'est sa propension à récupérer la désuétude sonore des instruments amateurs (vieux synthés en plastoque, mélodica, percussions bon marché) pour les extraire du présupposé : qui s'attendrait à autre chose qu'à une mignardise sucrée à la Cocorosie avec ce genre de matos? En réalité, avec l'appui d'une ribambelle de pédales, le duo crée une musique puissante et parfois tragique, une créature aux aspects changeants, parfois monstrueuse, parfois attendrissante, et souvent lyrique. Une vraie tueuse d'enfance en fait. Dans un sensation de chaos général plus marqué que sur " From of... ", contrebalancé par des mélodies toujours superbes, Life If... (In Four Parts) ressemble à un obscur album-concept dont les géniteurs eux-mêmes oublieraient la clé en route, préférant se plonger corps et âme dans l'instant, celui où le bricolage n'est pas une fin (comme c'est le cas dans beaucoup de productions lo-fi à mon sens ennuyeuses), mais un moyen. Moyen d'atteindre quoi ? La beauté, la lumière, la vie, appelons ça comme on veut. A partir de trois fois rien. Le fait qu'avec des morceaux de verre on puisse construire un palais m'a toujours beaucoup étonné.


Très bon   16/20
par Sam lowry


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