Kickback

Les 150 Passions Meurtrières

Les 150 Passions Meurtrières

 Label :     Hostile 
 Sortie :    2000 
 Format :  Mini Album / CD   

Envers et contre tous, Kickback a poursuivi son évolution et étoffe sa discographie, qui ne survivra hélas pas au XXe siècle, avec ce troisième et ultime album (un mini de 25 minutes) qu'est Les 150 Passions Meurtrières.
Le précédent effort Forever War marquait déjà une escalade dans l'horreur et l'abjection, tant musicale que visuelle, le boîtier intérieur du C.D. exposant un homme fraîchement suicidé par balle. Ici, la violence sordide est exposée à tous : Un titre choc, une pochette foncièrement malsaine digne des pires formations death-grind pour 6 titres vomissant l'humanité, explorant ses facettes les plus repoussantes, une véritable exégèse de la bestialité.
Dès "Will to Power", nous sentons que le testament de Kickback sera sa plus belle offrande. Jamais son harcore n'a été aussi tendu, aussi chaotique. Les dernières lueurs qui brillaient dans "Forever War" sont définitivement mortes. Il ne reste de place que pour l'enfermement, l'obscurité totale et l'automutilation, la barbarie sadienne qui transfigure toute beauté en objet de haine, en volonté de nuisance.
"Il y a bien deux choses que je ne pourrais pas lui refuser : La première c'est un coup trique, la deuxième c'est un coup de poing." C'est sur ces quelques mots d'amour que débute "New Sadist." Pour la première fois, Kickback s'exprime en français, avec également un passage hip-hop durant "Ruining the Show." Les mots claquent, froids et inquiétants, dérangeants, lugubres. La masse électrique que dégagent les titres étouffe les cris et les suppliques, seule subsiste la douleur sourde de la victime muette, prostrée. Kickback ne frappe plus, il détruit, annihile, concasse. La batterie a le son des os que l'on déboîte, la rythmique évoque la marche d'une légion de damnés, la voix est le cri d'un tyran évacuant le paroxysme de sa démence avant son trépas annoncé. Rarement le hardcore s'est ainsi fait psychologiquement malade, a su musicalement transcrire un tel sentiment de désolation suprême et d'inhumanité.
Au-delà du fait que Kickback a ici composé ses titres les plus percutants, le groupe se permet le luxe d'innover et d'expérimenter de nouveaux schémas à travers le titre "Les 150 Passions Meurtrières." Tout en ambiance et en voix chuchotées, son hardcore se fait émotionnel, me rappelant le meilleur des Deftones, époque Adrenaline et Around The Fur. Cette composition est une oxymore où l'épouvante se drape derrière une délicatesse qui n'est qu'apparat pour s'achever dans la tourmente de vocaux s'entrecroisant sur un arpège minimaliste, les notes déliées et pesantes nous entraînant inexorablement plus bas, vers l'abyme. Inspirée par les écrits de Sade où la torture est un raffinement et le hurlement, une mélopée sans égal, cette chanson est à mon avis un sommet de la dépravation, la quintessence de ce que la musique à guitares sait faire en matière de perversion.
En bourreau accompli, Kickback sait donc également se faire sournois, laisser gémir le supplicié accablé avant de l'achever à grands coups de pioches ("Ruining the Show", "On the Prowl", "Murder Mided"), la demi-heure éprouvante de ces "Passions" s'achevant sur les plaintes d'une femme brutalisée, pleurant sa douleur et implorant la clémence d'un homme jouissant de ses plaies, jouissant dans ses plaies, et ne lui confirmant que l'évidence qui traverse tout l'album : Cela est censé faire mal...


Parfait   17/20
par Arno Vice


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