Matmos

A Chance To Cut Is A Chance To Cure

A Chance To Cut Is A Chance To Cure

 Label :     Matador 
 Sortie :    mardi 13 mars 2001 
 Format :  Album / CD   

Dans la veine d'un Pierre Henry composant un disque à partir d'une porte de grenier grinçante ("Symphonie pour une porte et un soupir"), le duo californien Matmos aime faire de la musique avec ce qui, a priori, ne peut en être.
Mais là ils ont fait fort. Armez vous d'un sac...
Au premier abord l'album apparait assez classique, trempé dans l'esthétique glitch d'un Pole en plus pop, tout simplement et même sans plus. C'est assez dansant et les rythmes sont chiadés, les arrangements sont riches, c'est un bon disque dans le genre. Bravo.
Mais il faut voir la tronche de celui qui apprend en dansant sur le boum-boum que le boum-boum en question est un échantillonnage d'os brisés, que la basse est une machine à liposuccion en plein travail ("lipostudio...and so on") et que les contre-temps sont des coups de ciseaux rabotant un nez ("California Rhinoplasty"). L'ami en question est en train de devenir blême, et tente d'oublier les images qui l'assaillent sous peine de gerber sur le sol lumineux du samedi soir et de rentrer bredouille.
He Oui... Matmos a composé l'ensemble de l'album à partir de sons chirurgicaux. On peut vomir, s'émerveiller, ou bien vomir en étant émerveillé, toujours est-il qu'on peut grâce à eux s'imaginer un concert d'opérations simultanés, un groupe de chirurgiens qui allierait leur art de la découpe à leur amour pour le beat. A la place du "good chord" de James Brown, voici le "good scalpel".
L'art du couple Matmos tient en cette transformation proprement hallucinante d'un son rejeté par la conscience collective. En retravaillant et plaçant le bruit, il devient un simple scratch qui fait remuer les popotins, séduit l'amateur d'électro aseptisé confortablement installé, lisant son livre de recettes végétariennes avec appétit...
Tout peut être musique et ce qu'on croit identifier peut s'avérer trompeur. ainsi tout est exploitable: une chirurgie, l'activité neurologique d'une langouste (véridique chez Matmos), le vagin d'une vache (véridique également). Le travail consiste à élargir le musical, et ce avec un humour ravageur. Le trompe oreille de Matmos est une belle leçon faite à notre vigilance ramollie. Mais il y a une autre dimension à ne pas manquer. Un son a du sens par rapport aux autres sons à la manière d'un langage. mais quand ce son est rattaché à un objet tel que les trouvailles trashy de Matmos, le sens de l'objet lui-même teinte le son. Un "boum boum" est un "boum boum" mais lorsqu'il s'agit d'un son de langouste, c'est un nouveau "boum boum" qui voit le jour, même si ce "boum boum" a priori n'a rien d'original dans la composition de la musique. Voici donc une manière originale (on pourrait dire même fulgurante) d'innover.

P.S: A noter le titre "For Felix (and all the rats)" qui fût composé selon un autre principe. Felix est mort. Felix était le rat de compagnie du couple Matmos. En un bel hommage, le duo a composé un hymne à partir de la cage du rongeur. Ca donne dix minutes d'IDM géniale...
Ne leur confier pas votre petit copine!
Beurk?


Excellent !   18/20
par Toitouvrant


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
261 invités et 3 membres
Vamos
X_Wazoo
Zebulon
Au hasard Balthazar
Sondages
Slammez-vous pendant les concerts ?