Death In June

The Wall Of Sacrifice

The Wall Of Sacrifice

 Label :     New European 
 Sortie :    mars 1989 
 Format :  Album / CD   

Death In June est le projet de Douglas Pearce (aka Douglas P.), énigmatique personnage homosexuel quelque peu dérangé et fasciné par l'imagerie nazie. Le chanteur-guitariste a toujours soigneusement entretenu cette ambiguïté, attirant à ses concerts des hordes à la fois de néo-nazis et d'anti-fascistes. Le nom même de Death In June serait une allusion à la Nuit des Longs Couteaux du 29 au 30 juin 1934, où les SA furent exterminés par le régime nazi, et d'innombrables rumeurs coururent sur eux. On les accusa d'avoir pris contact avec Klaus Barbie, etc. Mais on sait que Crisis, premier groupe de post-punk de Douglas P., formé en 1977, jouait à des rassemblements pour Rock Against Racism ou l'Anti-Nazi League.
On a souvent inclus Death In June dans le mouvement dark folk ou apocalyptic folk, dont ils seraient le fer de lance avec Current 93 et Sol Invictus. En réalité, s'il s'agit bien de néo-folk (morceaux lents et dépouillés, guitare acoustique), le groupe évolue également dans des territoires plus expérimentaux et même industriels (utilisation de boîtes à rythmes, de samples, de bruitages, de synthés).
Parmi les influences de Douglas P. figurent le folk, Joy Division mais aussi Nietzsche, Mishima ou Jean Genet.
The Wall Of Sacrifice est le septième album du groupe. On y note la participation, entre autres, de David Tibet de Current 93, de Boyd Rice de NON et de Rose Mc Dowall, collaboratrice de ces deux formations.
Dans le livret figurent des photographies qui peuvent prêter à confusion. L'une représente un casque de SS avec un couteau, un bouquet de roses, le portrait d'un vieil homme et un corbeau. L'autre, un homme debout avec un masque bouddhiste – on connaît la fascination de Douglas P. pour les masques, qu'il porte parfois sur scène –, les bras croisés, tenant d'une main un couteau, et de l'autre une rose ; il est surplombé par ce même corbeau et ce même portrait.
Cet album se compose de deux facettes, l'une folk, l'autre indus, et c'est la première que je préfère, de loin.
"The Wall Of Sacrifice" commence par des notes déstructurées de cloches, puis s'avance un piano menaçant et répétitif, rejoint par des roulements martiaux de caisse claire. Le morceau s'arrête brutalement, on entend une voix monocorde déclamer ‘First you take a heart / Then you tear it apart'. Le morceau reprend, avec des samples de musique militaire, puis une voix d'enfant égrenant quelque comptine. On baigne alors dans la plus totale confusion, comme dans un rêve... ou plutôt comme dans un cauchemar très angoissant. "Giddy Giddy Carousel" est une comptine empoisonnée et perverse, avec guitare sèche et boîte à rythmes minimaliste. Le chant faussement innocent et enfantin de Rose McDowall n'y est pas étranger et ajoute encore au malaise. On peut lire dans les textes une allusion à la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une prédiction – mise en garde ou menace ? – : ‘Europe has burned / And will burn again'. "Heilige Leben" (‘vie sainte') s'appuie sur une note unique d'orgue. "Fall Apart" est une magnifique ballade, devenue un classique (elle sera reprise par des groupes gothiques), avec uniquement la voix de Douglas P., qui n'a jamais été aussi grave, déprimée et glaciale, et sa guitare folk minimaliste (il ne semble connaître que quatre accords, et ce sur tous les morceaux). Ce titre, qui commence par un larsen, est l'un des plus sombres, cyniques et désespérés que je connaisse, y compris dans ses paroles (‘And if I fall from dreams / All my prayers are silenced / To love is to lose / And to lose is to die...'). "Bring In The Night" repose uniquement sur quelques notes de boîte à rythmes et les spoken words de Boyd Rice. On y retrouve la fascination de Douglas P. pour la mythologie nordique, et en particulier les runes – ce qui bien entendu n'a pas aidé à dissiper le malentendu à propos de ses éventuelles connivences avec le néo-nazisme. "In Sacrilege" est à nouveau une ballade folk, avec des guitares acoustiques plus fournies et le chant cynique et maladif de David Tibet. "Hullo Angel" est à nouveau chantée par Douglas P. et sa voix ténébreuse, accompagné de ses quelques accords de guitare. Très bon morceau. "Death Is A Drummer" est une pièce instrumentale à base de bruitages étranges et inquiétants et de samples de musique militaire.
Un album très inégal et hétéroclite. Indispensable pour "Fall Apart", l'un des meilleurs morceaux du groupe, mais aussi "Giddy Giddy Carousel" voire "Hullo Angel".


Bon   15/20
par Gaylord


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