Matthew Herbert

Plat Du Jour

Plat Du Jour

 Label :     Accidental 
 Sortie :    mardi 16 août 2005 
 Format :  Album / CD   

Avec cet album hautement conceptuel, Matthew Herbert peut se vanter d'avoir conçu l'un des projets musicaux les plus timbrés de ces dernières années.
A la fin des années 90, l'artiste s'est peu à peu émancipé du formatage dance-floor pour mettre en oeuvre des projets autrement plus ambitieux, comme réaliser un album essentiellement composé de bruits provenant du corps humain (Bodily Functions), ou, sous le pseudonyme de Radio Boy, montrer violemment du doigt notre société de consommation en déchirant des caleçons GAP, en jetant des hamburgers dans une poubelle raisonnante et en explosant des télés sur scène (ceux qui l'ont vu en première partie de Björk sur Arte doivent s'en souvenir!).
Depuis déjà pas mal d'années, avec une grande rage rentrée, Matthew Herbert détourne une multitude d'objets pour en produite des sons, dans le cadre de morceaux au format suffisamment accessible pour qu'ils deviennent tout sauf hermétiques (ce qui est fort c'est qu'ils deviennent souvent franchement mélodiques et dansants aussi). Björk a ressenti un si grand coup de coeur pour le chercheur allumé que celui-ci s'est rendu avec plaisir exploser des tubes de dentifrice sur "Vespertine", et se charger d'une bonne partie de sa mise en sons...

Que l'on ne se fie pas à la pochette style art-déco ultra-kitsch de Plat Du Jour, le contenu donne parfois presque envie de vomir, étant donné le thème général : la nourriture industrielle et ses méfaits. Ce disque complètement à part est en fait un réquisitoire alter-mondialiste contre la malbouffe, à ranger faute de mieux dans la catégorie musiques électroniques... Le livret est déjà très copieux mais peu alléchant : en une bonne vingtaine de pages à l'écriture serrée, l'artiste dresse une liste des colorants et conservateurs dangereux en nous apprenant qu'ils sont autorisés dans certains pays (!!!), ou nous donne le menu de chacun des 13 morceaux du disque, avec pour chaque ingrédient la liste de tout ce qu'il peut contenir comme saloperie (souvent effroyablement longue), et des commentaires sous forme d'avertissement. Mais souvent, Matthew donne aussi des pistes pour résister, en témoigne la longue liste d'adresses, à la fin, dont celle du mouvement Slow-Food.
De l'horreur pure (un plage de plus de 7 minutes presque uniquement constituée de cris de 30 000 poulets de batterie samplés), on passe à la franche déconnade. A propos, je m'arrête sur "An Apple A Day" où l'artiste a enregistré en tout plus de 3000 personnes croquant dans une pomme, à différents endroits lors de sa tournée (Montréal, Barcelone, Londres...) - et des pommes de saison s'il vous plaît - pour ensuite retravailler tout ça.
Boîtes de café, corned-beef, mastications, bouteilles de flotte, tout est bon pour produire des sons, et pour porter un message fort.
Je ne peux pas m'étendre sur ce disque ultra-dense, mieux vaut écouter, mais je vais terminer sur la piste 13, "Nigella, George, Tony and Me", où le repas de George Bush rendant visite à Tony Blair et à sa femme pour le remercier de son soutien dans la guerre en Irak a été reconstitué avec beaucoup de précision. Et les bruits agressifs produits par ce fameux repas en disent long sur la position de l'artiste sur cette tout aussi fameuse, mais tristement fameuse guerre.

Une jouissive et originale attaque contre les multinationales et leurs bons amis nos dirigeants.


Très bon   16/20
par Sam lowry


Proposez votre chronique !







Recherche avancée
En ligne
107 invités et 2 membres
X_Wazoo
Bora-bora
Au hasard Balthazar
Sondages
À quoi te fait penser le design actuel du site?