Labradford

E Luxo So

E Luxo So

 Label :     Kranky 
 Sortie :    mardi 13 juillet 1999 
 Format :  Album / CD   

Les gens qui s'y connaissent renvoient souvent Labradford à des compositeurs comme Arvo Pärt, Steve Reich ou Brian Eno, voire à un courant musical comme le Krautrock quand ce n'est pas carrément le post-rock. Et on pourrait également rajouter à la liste Tortoise ou bien d'autres. Peut-être... Faut voir... Je serais bien incapable de les contredire sur ce point, et de toute manière, outre que cela colle au groupe une étiquette d'intellos, en quoi ces liens seraient-ils indispensables pour apprécier la musique de Labradford en général et ce E Luxo So en particulier ? Car avec le minimalisme dont il est coutumier, le groupe de Carter Brown, Mark Nelson et Robert Donne dégage ici, dans leur 5e album entièrement instrumental, des émotions primaires qui nous accompagnent bien longtemps après que leur musique se soit tue, comme un écho imprégné de douceur, de mélancolie, d'espace, de respiration, de calme...

Si la structure des morceaux reprend celle des albums précédents, avec leur répétition de boucles d'accords destinée à poser un cadre au sein duquel de subtiles variations vont apporter une luminosité en perpétuelle métamorphose, E Luxo So marque néanmoins une innovation dans la discographie de Labradford, par rapport aux premiers disques c'est certain. Il y a ainsi dès le premier titre l'apport d'une électro non invasive qui apparaît en pointillé, et même quelques notes de tympanon, lequel reviendra plus largement dans le dernier morceau de l'album. Il y surtout ce titre splendide et crépusculaire "E Luxo So - 02 - with John Morand and Assisted by Brian Hoffa" au cours duquel le piano tend peu à peu à se superposer à la guitare et finit par se substituer à elle pour maintenir le cadre répétitif et clore sur quelques notes légères le parcours musical. Ce titre nous fait alors pleinement comprendre la thématique qui agite les trois musiciens. C'est celle de la transmission, une transmission complexe voire polysémique ; la transmission de quelque chose, comme un état, un vague à l'âme ; une transmission encore qui souligne l'idée d'évolution musicale, de passage vers une nouvelle escale dans le voyage proposé par les trois musiciens. Une escale où nous ne tardons pas à nous installer, dès le titre suivant en fait, "E Luxo So - 03 - Dulcimers Played by Peter Neff", qui fait entendre des instruments à cordes apportant des couleurs très originales et tirant la musique vers une harmonie rare, presque symphonique. Cette progression est le temps fort du disque.

Sans rééditer la prouesse de cet enchaînement somptueux, les autres morceaux du disque offrent encore de nouvelles expériences. Par exemple, un dans lequel l'électro est déterminante, un autre qui reprend l'idée de transmission entre deux formes d'orchestrations différentes (guitare puis instruments à corde en l'occurrence, même si la guitare en compte déjà six, de cordes). Et si l'on est moins surpris, la magie a cependant déjà fait son œuvre et ses effets continueront de se faire durablement sentir pendant toute la suite de l'écoute de ce magnifique album.


Exceptionnel ! !   19/20
par Adishatz


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