Slowdive

Pygmalion

Pygmalion

 Label :     Creation 
 Sortie :    1995 
 Format :  Album / CD   

... Quel choc. Quand j'ai emprunté ce disque à la médiathèque, je ne m'attendais vraiment pas à ça ... On est plongés dans l'univers si unique de Pygmalion dès que l'on a lancé le CD et que l'on a entendu ces quelques notes suivies de silences réguliers ... On en ressortira que quelques dizaines de minutes plus tard, mais on préférerait que cela dure plus longtemps ... Le chant résonne, dans le son et dans votre tête (et ce pour longtemps ...) Les mélodies sont tout simplement magnifiques, sans exception. Tout est génial, dans ce disque ; la musique, bien sur, mais même avant d'avoir placé le disque on devine l'atmosphère en regardant la pochette énigmatique et son nom mystérieux ... Même son livret est extraordinaire, avec ses photos très pales et ses couleurs laissant bien sur la prédominance au blanc ... Le blanc, justement, est certainement la couleur qui correspond le mieux à ce disque ; je ne sais pas exactement pourquoi ... Le disque captive, incontestablement ... La première piste, "Rutti", dure 10 minutes mais on ne les sens pas passer "... Et on a des frissons dès que les premières notes de "Crazy For You" apparaissent ... L'atmosphère se renforce encore plus avec l'apparition de la basse puis de la magnifique et lancinante partie chant ... Cet album est magnifique ! J'ai du mal à croire que le président de Creation ait viré le groupe car il n'aimait pas cet album ... J'ai aussi du mal à croire tout les gens qui me disent que son prédécesseur, Souvlaki, est plus réussi ... Comment peut-on réussir deux disques aussi parfaits, aussi géniaux ? Car le disque se poursuit et "Miranda" se met en place ... Et là, deuxième choc : le chanteur est cette fois-ci un chanteur et sa voix est ... j'ai déjà utilisé le mot mais c'est celui qui correspond le mieux ... magnifique. On entend une voix plaintive résonner de plus en plus fort dans le fond ... Comme dans le reste du disque, le morceau est composé d'une partie voix qui résonne à des volumes plus ou moins forts ou bas , et d'une partie instruments qui contient les notes que l'on entend au début saupoudré d'effets sonores qui renforcent encore plus l'ambiance générale ... Vers 4 minutes, les quelques notes que l'on entend depuis le début du morceau s'arrêtent, on entend encore quelques sons et le chant pendant une trentaine de secondes, puis tout s'arrête ... Et recommence à nouveau sur la piste suivante, "Trellisaze" ... Des notes arpégées, un clavier qui joue quelques notes dans le fond, et la ritournelle est lancée. Pourtant soudain une percussion apparait, puis la voix, et pour encore mieux nous surprendre, le groupe change le son de percussion par un autre encore plus mystérieux qu'auparavant : ici elle semble basée sur l'aléatoire , et pourtant elle sera la même tout le long du morceau ... Le morceau avance, la voix se répète de plus en plus, la partie instrumentale, puis tout est relancé, les arpèges reviennent, puis la percussion, et c'est reparti ... Le clavier, et pourtant de nouveaux sons apparaissent encore dans le fond ! Les paroles sont toujours les mêmes depuis le début du morceau, tout est similaire, avec juste quelques sons en plus de temps, et pourtant le groupe réussit à ne pas nous lasser ... La percussion étrange que l'on entendait au début a disparu depuis longtemps pour remettre la première en place ... Soudain, on entend plus que cette percussion et un écho de la voix, très lointain. Un nouveau son augmente peu à peu, de plus en plus, nous laissant croire à une nouvelle mise en place ... Eh bien non, en fait la percussion et il ne nous reste que 40 secondes de sons ... On a à peine le temps de se demander comment 6 minutes ont pu passer aussi vite, car "Cello" se met en place ... 1min30 fascinantes, où l'on entend juste un violon (où est-ce autre chose ?) et, caché derrière quelque chose d'indéfinissable, une chanteuse placer la mélodie du morceau, sans texte ... "J's Heaven", qui vient juste après, est semblable aux autres morceaux du disque, avec sa mélodie simple et pourtant tellement étrange, mystérieuse et ce chant qui le hante ... Les voix sont fantomatiques. On croit que tout est fini quand elles s'arrêtent subitement, mais ce n'est que pour repartir de plus belles quelques secondes après ... Et de nouvelles voix apparaissent l'espace d'un instant ... Avant de redisparaitre ... Puis au bout d'un temps indéfinissable, tout s'arrête pour de bon ... Et c'est reparti. Une nouvelle mélodie de guitare apparait dans "Visions of LA" ... Le chant de Rachel Goswell est bouleversant. Ici le groupe s'est contenté des guitares et du chant, ou presque. Le morceau est très court, et laisse place à "Blue Skied An' Clear", qui reste dans le style de l'album, malgré une mélodie un peu plus 'joyeuse' qu'auparavant ... On entend ici énormément la basse, malgré la présence de guitares et d'effets ... En plus du chant normal du chanteur, d'autres voix retentissent au loin ... Et progressivement de plus en plus près. Soudain vers 4 minutes, certaines parties s'arrêtent ... Avant de revenir avec encore plus d'espoir. Le chanteur reprend place. Le morceau s'arrête, cette fois-ci pour de bon ... Et dès les premières notes de "All Of Us", qui cloture le disque, on sait que le disque reprend le thème des premiers morceaux ... La voix apparait en même temps qu'un violon, qu'on entend beaucoup moins mais qui joue les mêmes notes. Quelques notes d'espoir durant le refrain, avant de revenir sur les couplets ... A la fin du disque, on est impressioné par la réussite total. Ce disque vous traverse et ne vous lache pas pendant une quarantaine de minutes ... L'ensemble est assez triste, mis à part sur "Blue Skied An' Clear" ; le tout se ressemble beaucoup et est très homogène ; et pourtant le disque ne lasse jamais l'auditeur qui a la chance de l'entendre... Une merveille, tout simplement.


Exceptionnel ! !   19/20
par Fox McCloud


 Moyenne 18.50/20 

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Posté le 20 avril 2008 à 23 h 50

Brian Eno en invité de marque sur deux titres de leur précédent LP Souvlaki a en quelque sorte (pro)créé une filiation naturelle à ce groupe jusqu'alors shoegaze. L'ancien leader de Roxy Music a d'ailleurs toujours fasciné les formations noisy pop dans ce qu'elles pouvaient reproduire avec des nappes de guitares ce que le maître produisait avec des sons synthétiques. Kevin Shields en tête (auquel il le comparait à (son) Dieu) et donc également, Neil Halstead de Slowdive. Cet héritage et ce culte, Slowdive n'a eu de cesse de les brandir au gré de ses témoignages artistiques. Visuellement d'abord, Pygmalion et sa pochette blanche ornée de signes graphiques minimalistes façon pixels 80's renvoient à la back cover de Ambiant 1/Music For Airports. Ensuite, en guise de prologue aux concerts de la tournée "Souvlaki", le groupe passait "Deep Blue Day" puis en épilogue "An Ending (Ascent)", sons synthétiques ascendants qu'on jurerait témoignage concret du chant ensorceleur des sirènes auquel Ulysse, ligoté à un mât, a dû surmonter (titres issus d' Apollo – Atmospheres And Soundtracks). D'ailleurs, "Pygmalion" ressemble à bien des égards à Ambiant 4/On Land par ce dépouillement neutre et par les charges de sons électroniques qu'il déploie puis aussi à Ambiant 1/Music For Airports par son aspect froid, parfois clinique. En outre, s'il est bien un seul lien que Slowdive garde avec son passé shoegazing ("Crazy For You"), il n'en reste pas moins que "Pygmalion" s'ancre définitivement dans une autre dimension, l'Ambiant.

"Pygmalion" s'articule autour des variations du blanc et dans toutes ses nuances, mais a fortiori en dominantes blancs-gris et blancs-bleus. Quelque chose de glacial frissonne dans les climats de ce disque, plantant ça et là en guise de décors, des steppes enneigées. Et puis il y a le véritable invité de ce disque : le silence. Silence assourdissant par moments. Silence entre les notes de guitare, de claviers, silence s'insinuant entre les échos de voix traînantes. S'il est vrai que le disque brille surtout par son dépouillement et son calme, force est de constater que la concentration à son écoute, jamais ne s'étiole, l'évolution des structures nous maintient en haleine de bout en bout. Comme dans tous les disques reposés d'ambiant, l'on guette la moindre apparition, la plus subtile inflexion de ton, la plus grande dextérité d'un changement de direction. Ici le statisme n'est point de mise. Le climat glacial du disque invite à une profonde réflexion doublée d'une certaine hébétude grise et spleenée, mais toujours contemplative. A noter également, l'absence totale de beats, à l'exception bien sur du flamboyant "Crazy For You".

Les accords clairs et clairsemés qui répondent aux mots laconiques de Neil Halstead donnent le ton alterné de "Rutti", sublimissime. Lente plongée en brouillard. Slowdive n'en porte que mieux son nom. La structure lente et rampante du titre et la texture sont à mille lieues de leurs schémas usuels ultra-atmosphériques.
Atmosphérique donc, ce "Crazy For You" mais en dernier vestige de leur ère shoegaze. Construit autour d'une série de notes de guitare réverbérées traversant de bout en bout le morceau, le titre a une structure refrain/instru/refrain assez rare pour être signalée, renforçant par là l'idée même d'étourdissement, la voix étant utilisée comme un véritable instrument. Ce lent plongeon nous noie d'effets de guitares cotonneuses et de voix truffées d'écho, pour notre plus grande sérénité. Se laisser ainsi envelopper par tant de douceur auditive est une expérience unique en soi : celle d'être enfermé dans un caisson d'isolation sensorielle.
La suite de l'album n'est qu'un passionnant voyage, étrange et délicieux dans cet ambiant aux accents fortement panoramiques. L'inquiétant "Miranda" trouve la voix diaphane de Rachel Goswell sur une suite d'accords entêtants, attaqués de toutes parts par divers effets à vous faire tourner la tête, ivre par les passages incessants de démons tournoyants dans le spectre. "Trellisaze" ouvre une fenêtre sur l'air frais de toundras où le vent, les flocons de neige plantent d'indicibles aiguilles dans le visage. Paradoxe : on jurerait entendre des grillons de partout ! Fusion abrupte et improbable des saisons entre elles ? Nos sens à fleur de peau n'en savent pas plus. Courte pause : "Cello" nous traverse par la langueur de ces violoncelles, lourds de mélancolie. Hommage et clin d'œil à Eno et son "An Ending (Ascent)". "J's Heaven", insondable de spleen laisse des complaintes monastiques plomber l'ambiance. Un lent riff de guitare sèche se voit littéralement ensevelir par d'innombrables réverbérations de sources électriques jusqu'à former une grosse boule de sons envahissant alors l'espace sonore. Les sons créés alors trouvent écho dans nos vies intimes et se font alors le révélateur de nos traumatismes, de nos déceptions refoulées, de nos rêves déchus. Et l'on se dit qu'il a fallu puiser bien loin dans les bribes de sentiments enfouis au fond de notre psyché pour trouver les quelques débris de nos peines éperdues... Retour du riff acoustique initial et donc retour à l'amer goût diffus de spleen. La simplissime berceuse "Visions Of La" voit le retour de la voix de Rachel croiser une six cordes acoustique, dans le dénuement le plus pur. Pureté incroyable de cruauté, tant transpire de son timbre nonchalant, notre vérité. La seule éclaircie est "Blue Skied An' Clear". La douce lumière blanche parée de jaune, filtrée délicatement par cette légère brume, laisse entrevoir l'aurore printanière des premiers jours d'avril. Ode aux beaux jours retrouvés, les vocaux se font plus célestes, emmenés par leurs propres échos ascendants, doublés par des voix angéliques pour ne baigner que dans une contemplation béate, telle que dans les chefs d'oeuvre impressionnistes (cf ‘Le Pont Japonais" de Monet). "All Of Us" est la réplique masculine de Neil Halstead aux berceuses jusqu'ici contées par Rachel Goswell. Juste soutenus par un violoncelle et quelques effets, le couple guitare/voix nous laisse nous reposer, repus de sérénité (mâtinée toutefois d'une légère incertitude, tout dépend de votre état d'esprit au moment de l'écoute).

Suicide Commercial pour mieux accoucher de Mojave 3 ? Bravade provocatrice tirée sur Creation Records ? Chef d'œuvre issu de nulle part ? "Pygmalion" est un peu tout cela à la fois. Croisement possible entre le Cold House de Hood pour les climats hivernaux (post rock avec incursions subtiles d'électro) et de Brian Eno avec ces Ambiant.... Mais force est de constater que le groupe, à l'époque, mais également avec du recul, a pris son monde à contre-pied. Ce disque inaugure ce que deviendra par la suite Mojave 3 : mutation de génie pour qui les grands espaces se fréquentent du côté de l'Amérique. Autant dire que Neil Halstead aura su survivre avec panache à l'époque bénie du shoegaze, avec pour seules armes son talent et son courage. La preuve réside dans ce "Pygmalion" en forme d'audacieux testament.
Excellent !   18/20







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