Revolver

Cold Water Flat

Cold Water Flat

 Label :     Hut 
 Sortie :    mardi 27 avril 1993 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

Après de nombreux déboires dont une première séparation, Revolver revient un temps pour la confection de son premier album, qui finalement ne marchera pas et qui entraînera le groupe vers une dislocation définitive.

Car Cold Water Flat paru en 1993, annonçait la mort d'un genre déjà essouflé, qu'on appelait shoegazing à l'époque.
Mêlant une tendance compulsive à saturer le son et à brancher les guitares au volume le plus bruyant, avec une approche de la musique constamment orientée vers la recherche d'un équilibre aérien et magnifique de lyrisme céleste, le groupe anglais signera là la sentence inconsciente d'un style. Les groupes, comme Revolver, nombreux mais tous désespérément malchanceux, cherchaient l'impossible en se détachant par tous les moyens du vacarme sonore qu'il produisait autour d'eux.
Habitués aux pédales steel plus qu'au manche de leur guitare, ignorant tout de ce que les prestations scéniques engageaient comme minimum de communication théâtrale, chantant de manière douce et éthérée pour masquer des émotions passionnées qui pouvaient les atteindre, ces musiciens, plus tacites que physiques, érigèrent, sans le savoir un grand fossé d'incompréhension entre le public et eux ...
D'ailleurs, on ne peut pas dire qu'ils rencontrèrent le succès, les gens préférant qu'on ne leur livre aucun secret. Personne n'achetait leur disque et les gens se rendant aux concerts, et en repartaient plus avec des oreilles explosées par le son noisy que par l'impression d'avoir partagé quelque chose. Refusant de tirer les gens par la main, le shoegazing finit totalement incompris.
Cold Water Flat acheva cette descente aux oubliettes. Avec des titres sans aucun refrain, remplis d'éclairs énervés et de passages suspendus où Matt Flint joue les équilibristes de sa voix de chérubin, cet album confondant perturbe les plus réfractaires. Les percussions, guitares acoustiques, piano et autres flûtes, sont conviés à un ballet fantasmagorique, semant l'étrange et l'incongru dans ce voyage musical hors norme.
Beaucoup plus mature que sur leurs singles, ces titres sont aussi moins évidents. L'ambiance est aussi volubile que planante, déviant facilement vers de purs moments de bonheur saturé. Déstabilisant et atypique, cela achèvera l'insolence d'un genre, alors considéré comme hautain et pédant.
L'album ne se vendit quasiment pas, comme c'était le cas pour presque tous les disques de shoegazing, qui sortirent à la pelle ... et trop à la fois. Le public, médusé, oublia même jusqu'à l'emplacement de la tombe de ce genre entéré, et Revolver ne s'en remit pas.

Préférant tout arrêter plutôt que changer de style comme d'autres avant eux (Ride, The Boo Radleys, The Verve, ... avec plus ou moins de réussite), le trio anglais se saborda.
Heureusement, la magie que suscite encore leur musique dépasse le cadre de la date, et chaque écoute de ces titres incandescents et innocents garde encore intact tout leur éclat inimitable.


Bon   15/20
par Vic


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