The Who

Tommy

Tommy

 Label :     Track 
 Sortie :    vendredi 23 mai 1969 
 Format :  Album / CD  Vinyle  K7 Audio   

S'il y a bien un album dont je peux dire que je suis tombé dedans quand j'étais petit, c'est bien celui-ci : un double LP à la pochette fascinante, dont je n'ai compris le sens qu'il y a peu, en regardant le making of de ce disque mythique. Il trônait au milieu de la discothèque de mes parents, entre deux Bowie et deux Pink Floyd (avec lesquels je l'ai longtemps associé), au milieu d'une collection majoritairement composée de classique, de jazz et de chanson francophone. Mais quand à 17 ans, j'ai décidé que j'en avais marre de Supertramp, de U2 et de mon inculture musicale, c'est celui-là que j'ai sorti en premier des rayons. Une intuition. Dès que j'ai associé les sons entendus dans mon enfance avec ces mots bizarres, Tommy The Who, dont je ne savais même pas au départ s'ils désignaient le groupe, l'album ou les deux, j'ai su que c'était mon disque, celui qui me touche au coeur. Un mélange de rage brute et de raffinement extrême, de riffs de guitares mordants et d'arrangements psychédéliques brillants et originaux. Un album fleuve, sans tube formaté (même si le "Pinball Wizard" ne s'est pas mal vendu en 45 tours), avec de longs instrumentaux dans lesquels les quatre compères imitent les mouettes pour civiliser les roulements de tambours dantesques de Keith Moon. Et une histoire universelle et en grande partie autobiographique pour son compositeur Pete Townshend : celle d'un gamin solitaire et reclus qui se brûle les ailes au soleil de la célébrité et de l'idolâtrie.

Pete Townshend est mon héros depuis plus de vingt-cinq ans. Ce grand échalas complexé par son grand pif, enfant de la balle ne croyant pas en son talent musical, artiste intello énervé, a le don de me toucher, peut-être plus par les messages subconscients que renvoie son oeuvre que par sa musique elle-même. Il faut dire qu'avant Tommy, elle n'a pas été gâtée par la production, sa musique. C'est Kit Lambert, le mentor et co-manager, qui s'en est chargé et le résultat est un beau gâchis : une belle collection de tubes, certes, mais une prise de son à l'ancienne qui fait sonner la batterie de Keith Moon comme une étagère de casseroles qui s'effondre. Mais tout est sur le point de changer. Le groupe est à la fois au sommet de son art et à un tournant de son histoire : après avoir enchaîné les singles survitaminés mais de plus en plus marqués par l'ambiance psychédélique ambiante, le grand Pete est dans l'impasse. Le fabuleux "I Can See For Miles" n'est pas devenu numéro 1. Qui plus est, les Beatles ont cassé tous les codes en imposant le format de l'album, puis de l'album-concept, et les rivaux des Pretty Things et des Kinks commencent à s'engouffrer dans la brèche. C'est alors Kit Lambert qui le pousse à débrider son imagination pour en tirer ce projet fou d'opéra rock. Ce ne sera pas tout à fait le premier de l'histoire, mais ce sera le seul qui restera dans l'histoire, au point de finir sa course folle à Broadway. Pour ça, il aura fallu que Pete développe sa maîtrise du son en apprenant à enregistrer lui-même ses démos. Bientôt, il s'émancipera complètement de Kit, qui finira disgracié puis overdosé quelques années plus tard.

Je suis tombé dans cet album étant petit, et je n'en suis jamais vraiment sorti. Au point de m'être infligé par deux fois l'OVNI cinématographique boursouflé que Ken Russell en a tiré. Au point d'avoir racheté un vieux numéro de Juke-Box Magazine avec les Who en couverture et un dossier sur les Chats Sauvages et les Chaussettes Noires. Au point d'avoir acheté Quadrophenia, avant de découvrir qu'il n'était qu'une resucée pompière et assez ennuyeuse de ce joyau. Au point d'avoir posé mes oreilles sur The Who by Numbers et Who Are You, les deux albums qui incarnent le naufrage du groupe à la fin des années 70, ainsi que sur Psychoderelict, un album-concept assez pénible sorti par Pete en 1993. Au point de m'être tapé l'autobiographie-confession de ce même Pete en VO, puisqu'elle n'a pas été traduite en français.

Je sais que Tommy incarne la trahison des idéaux de ce groupe qui proclamait quatre ans plus tôt "Hope I die before I get old", ce que Johnny Rotten et Billy Idol ne manqueront pas de lui renvoyer à la figure. Mais la sincérité n'a jamais quitté Pete Townshend. Elle a simplement été gâtée par l'alcool, la déroute financière, et la perte d'inspiration. Avant de se caricaturer puis de perdre son batteur kamikaze, le groupe aura encore le temps de sortir un très bon album de hard-rock et un live mythique, mais aussi d'entrer dans la légende des grands festivals hippies à Woodstock et à l'Île de Wight.


Intemporel ! ! !   20/20
par Myfriendgoo


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