Peter Kernel

The Size Of The Night

The Size Of The Night

 Label :     On The Camper 
 Sortie :    vendredi 09 mars 2018 
 Format :  Album / CD  Vinyle  Numérique   

Barbara Lehnhoff et Aris Bassetti ne sont pas de grands musiciens. Tout au plus ce sont d'habiles amateurs qui connaissent leurs limites et tirent le maximum du petit espace qu'ils se créent. Pourtant, ces amateurs aux lignes de basses et de guitares simplistes et aux piaillements fiévreux, ont montré le long d'une discographie qui culminait avec Thrill Addict qu'ils étaient ni plus ni moins ceux qui à l'heure actuelle étaient les plus proches d'atteindre l'essence du rock. Si t'es pas d'accord, rdv sur le parking Auchan à minuit et je te pète les genoux. À la source de ces superlatifs, une "recette" fort simple et un instinct primal qui leur permet d'agencer avec un nez formidable (pensez cap, péninsule) des espèces de petits motifs mélodiques jusqu'au climax. Peter Kernel, si ça ne devait être résumé qu'à une chose c'est ça : un momentum, une science précise du moment de jouissance, de l'instant à partir duquel il n'y a plus d'autre choix que de headbanger furieusement en piaillant en chœur avec le duo. Réduite à ses plus simples oripeaux, la musique ne s'embarrasse de rien de plus que de la passion torride et conflictuelle que Barbara et Aris se vouent l'un à l'autre. Même l'enregistrement sent le sexe, on a l'impression d'être coincé entre les corps suants du couple, dans la même pièce qu'eux, comme une mouche collée sur une frette ou sous un fût. Mais depuis quelque temps quelque chose couve chez les Suisses. Comme un air de... raffinement.

On avait eu des indices lorsqu'entre 2016 et 2017 ils s'étaient amouraché d'un orchestre de chambre, le Wicked Orchestra avec lequel ils enregistrèrent des versions réarrangées de vieux titres. Un travail mené ma foi avec sérieux, et le tout était intéressant même s'il dénaturait un peu la force originelle des morceaux, qui brillaient précisément par leur simplicité. Pas d'orchestre sur ce petit dernier, mais The Size of the Night demeure à cette heure leur disque le plus varié, le plus riche en arrangements et en expérimentations diverses. Sur "Pretty Perfect" on a une batterie retouchée digitalement, du spoken-word sur "The Secret of Happiness", un synthé cosmique sur "There's Nothing Like You" et "The Shape of Your Face in Space", y a même une track simili Americana (en la présence de "Terrible Luck" qui combine guitare acoustique, flûtes et xylophone), une conclusion sirupeuse avec violoncelle lancinant, chant crooné et tutti quanti ("The Fatigue of Passing the Night") et une jam kraut-psyché ("Drift to Death", son implacable batterie motorik et ses bandes inversées).

Dans la composition à proprement parler, Peter et ses Kernettes visent davantage l'excentricité, que ce soit en allant chercher de curieux motifs mélodiques qui semblent plus que jamais piochés dans le Moyen-Orient ou la musique Indienne, ou dans la construction des morceaux eux-mêmes qui suivent des chemins plus tordus et davantage parsemés de détours (permettant notamment de faire briller leurs nouveaux choix instrumentaux). Ce faisant, ils délaissent quelque peu cette recherche du climax pour se lancer dans des morceaux soit plus atmosphériques, soit plus sophistiqués. Et je dois bien le dire... ça me désole un peu. J'ai beau constater que The Size of the Night est un bon album, rempli d'idées, avec une volonté d'avancer et d'évoluer, j'ai quand même du mal à mettre en sourdine la petite voix réactionnaire qui me susurre "C'étaiiit mieuuux avaaant..." depuis que j'ai commencé à écouter le disque en boucle. Parce qu'une partie de ces pistes me parait moins naturelles, des gimmicks qui passaient nickel auparavant semblent parfois forcés ici. Finalement, les pistes qui me parlent le plus et qui parviennent à me faire grimper au rideau sont celles qui me rappellent le plus la simplicité bestiale de jadis, c'est à dire les singles "Men of the Woman" et "There's Nothing Like You", "This Storm Will Last", les parties les plus effrénées de "Drift to Death"... et des parcelles de morceaux ici et là. J'éprouve pour le reste un respect plus distant, et l'impression diffuse que les deux joyeux drilles s'embarquent sur une voie qui les éloigne de leur plus grande force.

J'espère un jour réussir à faire taire le vilain conservateur en moi qui aurait presque envie de confisquer leurs nouveaux joujoux à Aris et Barbara au nom du MAKING PETER KERNEL GREAT AGAIN. En attendant, je continuerai à me passer régulièrement ce nouveau cru, qui aura le temps de mûrir au long de cette année, loin de cette hâtive chronique, en attendant une épiphanie tardive. Les doigts sont croisés !


Bon   15/20
par X_Wazoo


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