Fleet Foxes

Crack-Up

Crack-Up

 Label :     Nonesuch 
 Sortie :    vendredi 16 juin 2017 
 Format :  Album / CD  Vinyle  Numérique   

Dire que j'attendais cet album avec impatience relève du plus bel euphémisme. Ce Crack-Up (d'après le nom de l'essai de F. Scott Fitzgerald publié en 1936), troisième album des Fleet Foxes, paru un peu plus de six ans après le fabuleux Helplessness Blues, je l'ai tant imaginé, rêvé, fantasmé que, quelque part, la déception était un sentiment que j'avais laissé derrière moi depuis longtemps, prêt et disposé que j'étais à recevoir comme il se doit toute nouvelle proposition musicale du groupe de Seattle. Quelle que soit la forme que prendrait ce nouveau disque, quelque soit l'aspect de ses morceaux, je ne pouvais qu'être conquis. Alors, lorsqu'en mars de cette année, le groupe annonça son retour avec ce disque et proposa un premier titre à l'écoute, ce ne fut que joie, ravissement et belle stupéfaction. Le titre en question, "Third of May / Odaigahara", long de près de neuf minutes, s'inscrit pleinement dans la lignée de "The Shrine / An Argument", présent sur leur album précédent et qui en consistait clairement le point culminant, en terme d'écriture, de prise de risques, d'ambition et, au final, de réussite. "Third of May / Odaigahara" tient le même rôle sur Crack-Up, en repoussant encore davantage les possibilités du groupe dans ce qu'il convient désormais de qualifier comme leur style, c'est-à-dire un folk progressif, superbement immersif, inventif, mélodiquement complexe et quelque peu dissonant. C'est là l'avenir du groupe, à n'en pas douter. "Third of May / Oaigahara" morceau de l'année ? Pour moi, c'est un gros, un immense et retentissant oui, tant cette pièce audacieuse à la structure stupéfiante atteint un équilibre, une perfection de tous les instants, tant dans ses variations et ses ambiances que dans les sensations qu'elle provoque.

Les titres dans cette veine progressive ne manquent pas sur Crack-Up : le triptyque d'entrée "I Am All That I Need / Arroyo Seco / Thumbprint Scar" - "Cassius, –" - "– Naiads, Cassadies", conçu et pensé pour ne former en réalité qu'un seul morceau, s'écoute d'une traite et pose superbement les bases de la suite. On déguste les ruptures rythmiques, les harmonies vocales, la voix toujours superbe de Robin Pecknold, les changements d'atmosphère, le tourbillon sensoriel dans lequel nous sommes irrémédiablement plongés, l'ambition folle de la formation de créer, de repousser ses limites. Et c'est réellement savoureux. Plus loin, l'enchaînement "Mearcstapa" - "On Another Ocean (January / June)" - "Fool's Errand" est un autre moment fort de ce disque, qui ne compte aucune faiblesse à mon sens. Là encore, ces trois morceaux ne font qu'un, jusque dans leurs paroles pour les deux premiers, qui partagent le thème de l'élément marin. La maîtrise du groupe pour ménager ses ruptures, pour changer de direction dans un même titre est une nouvelle fois très impressionnante, même si, comme dans "On Another Ocean (January / June)", cela se fait de manière moins brutale. Entre ces morceaux de bravoure, la formation a disséminé des titres de facture plus classique, moins flamboyants dans leur approche et leur forme, mais qui restent évidemment remarquables. L'on pense à "Kept Woman", la superbe "If You Need To, Keep Time On Me" et à "I Should See Memphis" en fin d'album, qui octroient de bienvenues respirations à l'auditeur, sur le chemin d'un album qui mérite concentration et attention pour en saisir toutes les subtilités. Enfin, l'éponyme "Crack-Up" conclut ce bijou, le groupe étant ici accompagné par un ensemble de cuivres du plus bel effet, comme pour saluer cette sortie triomphale du disque le plus exigeant de leur carrière.

Et c'est bien cet aspect que l'on retient : le désormais sextuor n'a aucunement cédé à la facilité et produit un disque assez peu évident au premier abord (j'ai mis du temps à m'y faire complètement), mais qui se travaille, s'écoute de multiples fois et s'avère au final extrêmement stimulant, gratifiant oserais-je même dire, récompensant largement l'effort consenti pour le comprendre dans toutes ses dimensions. Et si je dois encore attendre six ans pour écouter le quatrième album de ce groupe fantastique, et bien soit, je patienterais. Ce sera évidemment très dur, terrible même, mais si c'est pour atteindre de nouveau un tel sentiment de plénitude et être témoin d'un nouveau miracle, cela en vaudra assurément la peine. Et, de toute façon, rappelez-vous, je ne peux pas être déçu.


Exceptionnel ! !   19/20
par Poukram


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