Aorlhac

Il fallait boucler cette trilogie entamée avec les deux précédents albums [samedi 01 février 2020]

Pour faire suite à l’excellent L’esprit des vents, le chanteur et parolier originel d’Aorlhac, Spellbound, a accepté de répondre à mes questions qui, je l’espère vous inciteront à découvrir un des fleurons du Black Métal hexagonal. Un grand merci à lui pour avoir pris du temps pour développer sa pensée !



Votre troisième album, L’esprit des vents, est sorti en mars 2018 alors que le précédent, La cité des vents, remonte à 2010. Que s’est-il passé durant ce laps de temps ? Panne d’inspiration ? Engagements dans d’autres formations ? Cessation forcée d’activité ? Dans quel état d’esprit avez-vous vécu cette mise en retrait ?

Spellbound : Salutations ! Des éloignements géographiques, des situations professionnelles et d’autres éléments personnels nous ont amenés à prendre du recul et une certaine distance, ainsi que l’arrêt des concerts en 2012. À cette époque, je n’étais pas vraiment dans une situation très confortable et ressentais comme une sorte de lassitude vis-à-vis de la scène et de manière générale je n’étais plus très enclin à continuer ce que nous faisions, je l’ai parfois regretté avec du recul mais, au final, tout arrive pour une raison. Ce n’était donc pas une histoire de panne d’inspiration ni même d’investissement dans d’autres formations. Le temps a vite filé et nous nous sommes retrouvés avec NKS (batteur de 2007 à 2010 puis compositeur et guitariste) près de huit ans après en nous disant qu’il était temps de se remettre au travail et de sortir de cette trop longue hibernation. Pendant cette période NKS a aussi construit un studio d’enregistrement professionnel attenant à sa résidence, et cela a aussi pris beaucoup de temps, surtout qu’en parallèle il continuait également de composer par ci par là en vue d’une suite discographique, même si elle n’était que larvée à ce moment-là. Cette longue pause fait partie de l’histoire du groupe et nous ne pouvons rien regretter ni faire d’autre qu’aller de l’avant !

En complément de la question précédente, qu’est-ce qui a fait que, huit ans plus tard, vous ayez relancé Aorlhac ? Quelles étaient vos motivations, vos ambitions, d’autant que, si je ne me trompe pas, seul reste le chanteur Spellbound du line up d’origine ? Cette période a-t-elle été source de profondes remises en question ?

Spellbound : Seuls NKS et moi-même sommes rescapés du line-up originel qui était à la base également composé de Ash (basse / concept jusqu’àLa cité des vents). Notre ambition était simplement de sortir le meilleur matériel possible, nous avions encore des choses à exprimer et en avons encore ! Il fallait boucler cette trilogie entamée avec les deux précédents albums et nous avions aussi des riffs qui s’étaient accumulés. L’envie de reprendre le flambeau se faisait pressante et les légendes et contes régionaux n’attendaient qu’après nous pour vivre à nouveau ! Profondes remises en question, je ne pense pas. Malgré tout, beaucoup de choses se sont faites dans une certaine forme d’urgence et plutôt naturellement. Il faut préciser aussi que toutes ces années nous auront permis de progresser en tant que musiciens et de manière plus globale dans nos recherches, notre identité sonore et visuelle, ce qui, je suppose, se ressent et s’entend sur la production et l’intention de L’esprit des vents.



Depuis votre retour, avez-vous trouvé la scène Black Métal changée, que ce soit dans son esprit où la façon de le pratiquer ? D’autre part, j’ai l’impression qu’en dépit de cette longue absence, Aorlhac n’a pas été oublié et que vous avez très vite pu capitaliser sur votre renommée acquise lors de la décennie précédente, je fais erreur ?

Spellbound : Je crois que nous ne nous attardons pas vraiment sur ce qu’est censée représenter la scène en France. Que ce soit par choix ou par contrainte (étant assez isolés géographiquement de par la région où nous évoluons) je pense que l’idée c’est de faire notre truc sans se préoccuper du reste. En ce qui concerne notre renommée comme tu dis, nous savions que les deux premiers albums avaient pu laisser une petite marque dans le milieu underground mais nous n’aurions pas forcément imaginé un tel engouement suite à notre retour en 2018. Nous pouvons expliquer cela aussi par la signature chez LADLO qui nous a clairement aidés à avoir une telle exposition.

Chacun de vos trois albums a été édité sur un label différent : Eisiger Mond Productions pour A la croisée des vents, Those Opposed Records pour La cité des vents et les Acteurs de l’Ombre Productions pour L’esprit des vents. Est-ce compliqué aujourd’hui pour un groupe Underground de développer un partenariat sur le long terme ? Ou au contraire appréciez-vous ces changements qui, quelque part, garantissent une certaine liberté artistique, n’étant pas « prisonnier » d’un contrat engageant sur du long terme ?

Spellbound : Je pense que les différents labels et contrats qui se sont succédé correspondent tous à l’évolution du groupe au fil de la discographie. C’est donc plutôt naturel d’avoir eu ces étapes tout au long de notre existence. Chaque album et chaque label nous a apporté quelque chose et, aujourd’hui, le point d’orgue de tout ça c’est bien évidemment la signature chez LADLO.

A priori, je pensais que la signature avec LADLO vous faisait passer un véritable cap, en termes de stature et de reconnaissance, mais lorsque je consulte le catalogue de Those Opposed Records je suis soufflé d’y voir des groupes tels que Borgne, …and Oceans, Arkha Sva, Lugubrum ou encore Forbidden Site. Du coup, si tant est que ce nouveau contrat discographique vous ait apporté quelque chose, qu’est-ce que c’est ?

Spellbound : Je ne sais pas. Je ne suis pas assez au fait des sorties de TOR ni du catalogue de Noël pour pouvoir te répondre, je peux simplement te dire que beaucoup de bonnes choses nous sont arrivées grâce à cette signature sur LADLO. Nous avons effectué plus de quinze dates en 2019, dont pas mal dégotées par le label lui-même. Il y aura eu des événements marquants pour nous, tels que le Hellfest, le Tyrant Fest, des dates en Suisse, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, des retours de chroniques intenses et une reconnaissance globale avec une réelle portée désormais. En cela, nous pouvons dire que le contrat avec LADLO a réellement eu un impact.

Pour commencer à parler un peu de musique, j’ai vu que vous aviez par le passé repris Ulver, Taake et Emperor. Peut-on dire que ce sont des influences majeures d’Aorlhac ? Quel rôle ses formations jouent ou ont joué dans votre carrière, spirituellement et / ou musicalement parlant ? Et pour mieux vous situer, quelles seraient les autres formations qui entreraient dans votre panthéon (les groupes non métalliques sont, bien entendu, bienvenue) ?

Spellbound : Effectivement, Ulver, Dissection, Taake, Emperor, ce sont clairement les influences principales de NKS qui s’occupe de tout l’aspect composition musicale. De mon côté, je suis très porté sur la scène Rock / Métal dépressive scandinave avec des groupes comme Lifelover, Apati, Offdrykja, Intig, les Australiens d’Advent Sorrow également. Sinon j’écoute aussi pas mal de trucs plus orientés Hard Style, Electro. Mais ce sont des références qui n’entrent pas en compte dans le projet, bien évidement.

Toujours concernant les influences, l’Occitanie et le catharisme semblent tenir une place prépondérante dans le Black Métal que vous pratiquez, votre nom étant la prononciation occitane de votre ville d’origine, Aurillac. Jusqu’à quel point cette culture influence-t-elle votre écriture, d’autant que vous ne jouez pas la carte du Folk ou du Pagan pour vous focaliser sur les aspects mélodiques et épiques du genre ?

Spellbound : Nous vivons dans un terroir riche d’histoires, de faits historiques, de contes légués par les anciens, les érudits. L’Auvergne, le Cantal et l’histoire occitane plus largement sont des endroits et des faits inspirants pour nous et c’est donc avec logique que nous faisons vivre ou revivre tout cela au travers de notre musique. Nous ne jouons pas la carte du folklore à outrance dans nos compositions, préférant nous concentrer sur la rudesse de la voix et les dynamiques des guitares. Seuls quelques éléments ou instruments traditionnels sont intégrés lorsque nous pensons que cela sert réellement le propos. L’aspect live joue aussi un rôle dans le sens où nous voulons pouvoir reproduire le plus fidèlement possible les titres de l’album une fois sur scène.



Pour rester sur les aspects les plus « historiques » de votre carrière, pourriez-vous nous expliquer le concept du vent qui sous-tend ce qui constitue pour le moment une trilogie (je mets volontairement, et peut-être à tort, de côté votre première démo La chronique des vents) ? La suite logique de cette question étant : le concept est-il amené à être encore développé ou entrez-vous dans un nouveau cycle d’inspiration ?

Spellbound : Le vent, outre les attributs qu’on lui connaît au travers des différentes religions ou civilisations, représente surtout pour nous une sorte de force incontrôlable, un déferlement de violence non contenu, autant qu’un élément porteur de message au sens symbolique de la chose et c’est aussi en lien avec les sujets abordés au sein du groupe, qui parlent d’épopées sanglantes, d’aspects parfois guerriers ou plus en lien avec la noirceur humaine et la rugosité de nos contrées. Tu retrouves également beaucoup de légendes autant que de craintes quant à cet élément qui insuffle autant la vie que ce qu’il ne détruit sur son passage. L’essentiel de la thématique se retrouve principalement là-dedans. Avec cette suite de trois albums nous nous étions imposé certaines règles à respecter, nous pensons désormais poursuivre dans cette voie-là, en gardant cette thématique globale, tout en insufflant de nouvelles perspectives sans forcément repartir dans des trilogies par exemple. Pour les prochains albums, je pense me focaliser uniquement sur des faits ou des légendes issus du terroir cantalien, ce qui, en soi, n’est pas forcément évident puisqu’en limitant l’aspect géographique il s’opère une sorte de restriction. Mais j’ai déjà des pistes et des idées bien avancées et suis donc confiant.

Fin 2018, j’ai pu constater que L’esprit des vents figurait dans bon nombre de tops annuels, français comme étrangers. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Y a-t-il eu un impact direct ou indirect sur votre reconnaissance médiatique, en termes de ventes ou de sollicitations de concerts ?

Spellbound : Nous sommes évidemment très fiers autant que surpris d’un tel engouement vis-à-vis de notre dernier album et même si nous pensons avoir établi la barre la plus haute possible avec les moyens qui sont les nôtres, nous restons très humbles face à cette belle reconnaissance. Il est bien entendu toujours agréable d’être apprécié et cité dans d’aussi nombreuses critiques, des fans, de la presse spécialisée autant que de ces fameux tops auxquels tu fais référence. Je pense que cette nouvelle exposition nous amène à de meilleures conditions en termes de ventes d’albums, de merchandising, de concerts, plus de têtes d’affiche, plus de gros festivals en France et désormais parfois à l’étranger, et nous ne pouvons qu’en être satisfaits et reconnaissants !

Vos compositions sont souvent longues, au-dessus des six minutes. Cela n’est pas forcément rare dans le Black Métal mais j’aimerais en savoir plus sur votre processus d’écriture. En effet, vous ne tombez jamais dans la facilité de répéter systématiquement les mêmes riffs et apportez au contraire beaucoup de variétés dans les tempos et les ambiances, ce qui contribue bien sûr fortement à la qualité et l’originalité de votre musique… Cela doit demander une grande exigence non ?

Spellbound : C’est l’une des caractéristiques dans la manière de composer de NKS. Le fait de ne pas souvent répéter un schéma classique introduction /couplet / refrain /pont /refrain, surtout sur les deux premiers albums, mais même encore sur la dernière sortie. Les compositions arrivent à évoluer et rester cohérentes sans forcément répéter des riffs à outrance, c’est intéressant tout autant que déstabilisant en termes de placement vocal par exemple, mais c’est un peu aussi notre patte et même s’il arrive parfois que des compositions se reposent sur des intentions plus classiques en termes de structure, nous prenons un malin plaisir à tenter de rendre intéressantes des chansons avec des constructions les plus personnelles possibles.

Peut-être un dernier mot sur vos projets, proches ou lointains et scéniques comme studios ?

Spellbound : Nous travaillons à l’heure actuelle sur une nouvelle sortie, un EP de trois ou quatre titres qui devrait sortir chez LADLO d’ici la fin de l’année et dont un titre sera probablement disponible sur leur compilation annuelle qui sort à l’occasion du Hellfest et qui sera donc distribuée à ce moment-là. Nous avons le désir de refaire parler la poudre assez rapidement pour contrer les longues périodes d’absence, pour nous faire plaisir autant que pour proposer du nouveau aux personnes qui nous suivent ! Nous avons également pas mal de dates de prévues pour 2020, j’invite donc les personnes intéressées à se rendre sur Facebook, onglet « événements », pour prendre connaissance de nos futurs concerts !

Enfin, à ce qu’on dit, les métalleux boivent beaucoup de bière mais celles qui sont vendues dans les salles de concerts sont en général plutôt dégueulasses. Par conséquent, vos bières fétiches, quelles sont-elles ?

Spellbound : Vu que tu parles à un amateur de bières, je confirme, à part quelques organisations qui proposent quand même des bières locales et font un effort sur la qualité de leurs produits, on reste quand même souvent sur du standard. Personnellement, je suis un grand fan de bières brunes et plus encore d’Imperial stout, ce sont des bières qui proposent des mélanges d’ingrédients vraiment étonnants et je découvre des petites merveilles assez régulièrement. La dernière en date étant la « All the leaves are brown bourbon barrel » de la brasserie Tempest. Un Imperial stout de caractère, vieilli en fûts de bourbon, sirop d’érable, chocolat, malts grillés… Nous avons d’ailleurs un Imperial stout brassé tout spécialement pour le groupe depuis quelques mois, par la brasserie BALM, située à Clermont-Ferrand et distribuée par Christian Bivel d’Adipocère et que je conseille à tout amateur de houblon !

Voilà qui n’est pas tombé dans la bouche d’un sourd, je vais voir à passer une petite commande afin de déguster ce doux nectar ! Un grand merci à Spellbound pour ses réponses, en espérant que cela vous aura donné envie d’aller écouter Aorlhac. Je leur souhaite le meilleur pour la suite !





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