COHAAGEN

COHAAGEN est un mutant sonore archi-vénère débarqué du futur (mais à la fin on découvre qu'il a quand même des sentiments) [lundi 15 juillet 2019]

A l’occasion de la sortie de leur premier album Hacking Time, les membres de COHAAGEN ; Saihb (guitare), Odin (batterie), Sbd (basse) et Worzo (chant) ont répondu à nos questions. Bien connu sur XSilence, ce groupe francilien distille un mélange noise, hardcore, grunge parfaitement maitrisé avec un (gros) son tout bonnement exceptionnel. Devant autant de qualité et de talent, il était évident que nous devions leur offrir cette petite tribune en tête d’affiche !

Interview menée par Plock



Pouvez-vous nous faire une petite présentation et un petit historique de COHAAGEN pour commencer ?

Saihb : Le groupe est né en 2016. J’avais envie de monter un groupe de gros grunge, un peu noise, un peu métal, mais en tous cas avec des riffs et de la mélodie dedans. J’ai passé une annonce sur un célèbre site qui commence par Zik et fini par inf, et Sbd a rejoint le projet assez vite à la basse. On cherchait un batteur, et je suis allé piocher dans mon bestiaire de musiciens copains. Odin nous a rejoint comme ça. On a commencé la musique ensemble à 14 ans alors on a quelques habitudes, c’est pratique ! On a tourné comme ça environ un an, je chantais (mal) tout en jouant de la guitare. Worzo est arrivé en 2017 et du coup on a enfin eu du vrai chant sur nos morceaux.

Odin : Ces dernières années, avec Saihb, on faisait surtout dans le screamo / post-hxc, des trucs bien rageux. Et puis, avec la trentaine, on s’est dit que ce serait pas mal de se poser un peu, de faire un truc plus cool, avec des airs chics et entrainants, qu’on puisse enfin faire écouter à nos grands-mères aux repas de famille… Mais bon, le naturel est revenu au galop sur son "Dark Horse" infernal et on n’a pas pu s’empêcher de s’arracher une fois de plus, surtout avec des tarés comme Sbd et Worzo, pas le choix !

Sbd : J’ai rencontré Saihb sur meetic. Il a triché sur les photos mais je me suis quand même laissé tenter. Il ne chantait pas si mal. Sinon je joue aussi de la basse dans Bäton Royal avec Worzo (chanteur) et je fais aussi de la guitare dans Radiant (bilysm). En termes d’histoire de la musique obscure, j’ai aussi joué dans Madeincanada , Schoolbusdriver et Desicobra .

D’où vient le nom COHAAGEN ?

S : C’est le grand méchant dans le film Total Recall. C’est une référence au film, que j’ai vu environ 200 fois gamin, et ça sonne bien tout en correspondant à l’esprit 80/90’s qu’on voulait donner au groupe.

O : Un méchant capitaliste qui exploite des mutants sur Mars (et non pas au Danemark).

Sbd : Faut dire que dans le groupe on a un dénominateur commun qui tourne vers l’anticipation / le rétrofuturisme. Finalement, c’est sans doute le vrai truc qui nous relit, qui fait que l’on accepte nos “divergences” musicales. COHAAGEN a donc mis tout le monde d’accord.

Comment vous décririez vous musicalement parlant ?

S : un mélange entre Nirvana, Korn et Converge !

O : Un mutant sonore archi-vénère débarqué du futur (mais à la fin on découvre qu’il a quand même des sentiments) !

Sbd : Voilà, ce que je disais ! Perso, je viens plutôt de la noise (en général) et du grunge quand j’étais ado, du coup pour moi, quand j’écoute COHAAGEN, j’entends méchamment de la musique des années 90. Mes vieux Alice in Chains, Deftones & Co… Un bon revival !

W: Un maelström de bois, d'acier, de furie, de chair et de sueur.



Ca se passe comment en 2019 quand on pratique votre style de musique (pour obtenir des dates, se faire connaître des webzines, magazines, radios, etc.) ?

O : Cette année, on a eu la chance énorme d’être soutenus par le RIF (Réseau Ile-de-France des musiques actuelles) et notamment l’équipe de l’Empreinte (big up !). Certaines dates se sont faites dans ce cadre et d’autres ensuite, par ricochet. Mais on espère bien que les choses vont s’accélérer avec la sortie de l’album !

Sbd : Vaste sujet. Pour faire simple, quand tu vois qu’aujourd’hui faire venir un DJ qui boit 3 vodka-redbull, ça va te couter 50 balles pour jouer toute la nuit et te ramener 500 personnes qui vont consommer, alors que faire venir un groupe de rock, ça joue 45 min à burne, ça fait chier tes voisins et ça boit toutes tes 8-6…pour jouer devant 5 mecs. Je comprends désormais pourquoi même la Villette Sonique est “sponsorisée” par Native Instrument. Globalement, la France du 21e siècle, n’aime pas le rock alors ça ne se passe pas super bien ! Ahahah

W: Je me sens comme Marty dans le deuxième opus de la saga de Zemeckis…

Vous arrivez à avoir des éléments de comparaison avec l’époque pas si lointaine « pré internet ? En gros, est ce que bandcamp-facebook-youtube and co’ ont vraiment changé la donne selon vous ou pas tant que ça finalement ? Est-ce qu’on peut définitivement dire que Indie Rock, Noise, Hardcore and co’ sont définitivement condamnés à une forme d’anonymat en France dans l’ombre du rap, de la chanson, de l’électro, etc ou vous pensez qu’il y aurait peut-être moyen pour vous et d’autres d’aller chercher plus de public ?

S : je dirais que ça a facilité la diffusion de la musique, et permit l'expansion de l’auto-production. Et assez logiquement, ça a donc multiplié le nombre de groupes, bons et mauvais, et donc compliqué la possibilité de sortir du lot. Au-delà d’internet, il y aussi l’accessibilité à des moyens d’enregistrement et de production hyper puissants, réservés aux pros il n’y a pas si longtemps, et aujourd’hui utilisables par tout le monde. Avant enregistrer un album c’était un énorme cap, ça se prévoyait longtemps en avance, fallait trouver le bon studio avec le bon producteur. Aujourd’hui tu peux faire des albums dans ton salon, avec des batteries programmées plus vraies que nature, et sortir ça sur les plateformes de streaming pour presque rien.

O : Personnellement, je pense que le public est là pour les musiques saturées (il n’y a qu’à voir le succès du Hellfest pour s’en rendre compte), il attend juste la qualité ! Et je parle là en tant qu’auditeur aussi. Avec COHAAGEN, on essaye de proposer un son saturé de qualité, original, on verra bien si les gens accrochent ! Mais notre 1er objectif reste avant tout de nous exprimer, de jouer la musique qui nous fait vibrer et si ça fait kiffer des gens, c’est encore mieux !

Sbd: Bon t’as aussi le discours du “c’était mieux avant” qui est plus ou moins vrai. L’avènement d’internet, c’est cool, c’est pratique. Mais en contrepartie, les mecs qui font de la musique depuis 6 mois bénéficient des mêmes réseaux et chances que les mecs qui se font chier depuis 20 ans… C’est sûr parfois, ça fout un peu les boules mais bon, c’est le jeu. Mais en vrai, vu ce que l’on fait comme type de musique, internet ou pas, ça reste de la musique de niche. Je crois qu’il ne faut pas trop se prendre la tête avec tout ça et continuer à se faire plaisir. Le reste...

De qui vous sentez vous proche dans les groupes français ?

S : On a joué plusieurs fois avec les p’tis jeunes de Pogo Car Crash Control, on vient du même coin et on s’est croisé à plusieurs reprise, avec COHAAGEN ou dans nos projets précédents. Ça n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on fait mais ils ont une énergie de fous, et ils sont très cools. Artistiquement parlant je suis beaucoup plus tourné vers les groupes étrangers, je n’ai pas pris de claque française depuis un moment.

O : Perso, j’adore voir Revok en live, tout en tension et ultra-chiadé ! Ce n’est pas le même style, mais il y a des influences communes je pense.

Sbd: Evidemment Revok, meilleur groupe versaillais du monde! Après on a plein de copains depuis le temps, que ce soit les potes du local comme AVC, Thinkkastendeuch, Mia Vita Violenta, etc…

Il y a un 1° album qui sort…pouvez-vous nous en dire 2-3 mots ?

S : On l’a enregistré sur 4 jours avec Jérôme Paté, à l’Empreinte de Savigny le Temple. A l’ancienne, guitare basse et batterie sur scène, tout en one shot ou presque. On a cherché à retranscrire au maximum l’énergie du live, et surtout à ne pas tricher. Ce que tu entends sur le disque, tu l’entendras en concert (sauf les pains, qu’on a bossé depuis !). J’ai juste doublé les guitares, et Olivier a enregistré les voix à part sur deux jours. J’ai composé et arrangé l’intro et l’outro de l’album ainsi qu’un interlude après au moment du mastering.

O : Saihb ne précise pas qu’il a composé tous les morceaux de l’album et écrit une partie des textes ! C’est notre artiste maison. Cet album, c’est l’aboutissement de 3 ans de boulot à créer l’entité COHAAGEN, apprendre à se connaître musicalement tous les 4, construire notre propre son, mettre en place et réarranger les morceaux de Saihb... C’est titanesque ! et on est super fiers du résultat !

Sbd: C’est effectivement l’aboutissement d’une période. La mise en place du groupe, la cohésion, la compréhension de chacun… C’est une bonne allégorie pour dire “Voilà, le groupe existe enfin, on va pouvoir commencer”. Le meilleur reste à venir ! Et merci Jérôme Pate d’avoir œuvré pour ça.



Il y a une thématique dans vos paroles, vos artworks, etc. Vous pouvez nous en dire un mot ?

S : Tout tourne autour de l’univers de la SF, peu importe le média, même si le cinéma est prédominant, et principalement la SF de notre jeunesse. Y a aussi un morceau écolo, mais il est bien caché !

O : On est tous super fans de SF (même si je suis sans doute le moins calé de la bande). Depuis les 1ers frissons devant les films de Spielberg, de Verhoeven, mais aussi les séries, BDs, mangas, les bouquins de P. K. Dick, Lovecraft etc. Quasiment tous les textes de nos chansons ont pour cadre cet univers : des histoires de droïdes, de mutants, mais aussi la conquête spatiale qui nous fascine et les aventures inter dimensionnelles à la Rick et Morty ! Bien sûr on a adoré le film Kung-Fury qui fait une grosse salade avec toutes ces influences. Le titre de l’album vient de là !

Sbd: Je pense que c’est assez générationnel. On est des gamins des années 90. On a vu exploser le grunge, vu des films de dingues comme Robocop, Total Recall, Terminator, Mad max (le vrai !). On avait les frères Bogdanov à la TV !!! Aujourd’hui on a certes vieilli mais on a toujours les yeux tournés vers l’espace. C’est grandiose de pouvoir “réellement” voir Mars. Je me sens chanceux de vivre dans cette époque si créative et pleine de découvertes.

W: Certains auteurs et mangakas comme Junji itō ou bien Tsutomu Nihei m'ont beaucoup influencés, l'un pour l'aspect "Twilight Zone" de ses nouvelles, l'autre pour sa vision froide et ultra design d'un futur en état de décomposition.

Votre son est vraiment impressionnant et me rappelle par moment les gros groupes noise des 90’s type Jesus Lizard, Neurosis, Today is the day, etc ? S’agit-il d’une influence ? Y’en a-t-il d’autres ?

S : ce ne sont pas des groupes auxquels on a particulièrement pensé, en fait je ne dirais pas qu’on ait vraiment “choisi” d’influences. On a vraiment cherché à faire la musique qu’on aurait aimé écouté, en allant en effet certainement récupérer tout un tas d’influences dans les 90’s. C’est l’époque à laquelle on a commencé la musique, quand tout était hyper excitant car tout était nouveau pour nous. Je pense que ce qui définit vraiment le style du groupe, encore une fois, c’est la recherche de vrais riffs, de mélodies qui vont te rester dans la tête. Et ça vient autant de groupes actuels que de groupes de cette époque. Odin et moi on a vraiment une culture à la base métal, voir néo métal. Donc tu pourras peut être trouver du Will Haven, du Converge, du Deftones, du Mars Volta, Foo Fighters… Et si tu n’y as vu que du feu c’est qu’on a bien bossé !

O : Ouais, on a cherché à faire une musique qui soit à la fois pop et couillue. Pour moi, des groupes comme Nirvana, Deftones, Korn incarnent vraiment cet équilibre et leur son nous a bien sûr influencé. Après, la référence ultime pour nous, en termes de prod, reste Converge.

Sbd : Comme je disais plus tôt, ce qui est intéressant dans COHAAGEN, c’est que l’on ne s’est pas retrouvé autour d’influences musicales communes mais plutôt autour d’un univers commun. C’est une approche assez différente de ce que l’on fait généralement. Donc tu vas sans doute retrouver du Jesus Lizard parce que c’est mon école à moi, mais tu vas sentir aussi du Korn parce que c’est une grosse référence pour Saihb et Odé. Chacun se fera finalement son avis ! Mais pour mon son de basse j’ai clairement cherché vers Young Widows, Daughters ou autres These Arms Are Snakes.

W : j'ajouterai même, Kiss it goodbye, Catharsis et Rubish Heap.

Est-ce que vous pouvez nous faire une petite sélection individuelle ou collective de ce que vous écoutez, lisez, regardez actuellement ?

S : Ma dernière grosse sensation musicale c’est VOWWS, un groupe australien de “cold pop”, dixit eux-mêmes. Je les ai vu en live, c’est hyper bien. Sinon je lis Incident at Twenty Mile de Trevanian en ce moment, un western bizarre, bien barré. Shibumi du même auteur est un de mes bouquins préférés.

O : Je recommande vivement le faux documentaire “Vampires en toute intimité”, à regarder absolument en VF, doublé par les mecs des Messages à Caractère Informatif et Alexandre Astier. Je l’ai maté 10 fois de suite ! Le film Kung-Fury également, cité plus haut, est le plus gros délire cinématographique que j’ai vu récemment et je le conseille à tous ceux qui ne l’ont pas encore vu ! Notamment, on y trouve des images rares de Vikings chevauchant des T-Rex.

Sbd : De mon côté, je suis dans ma période Californienne! A fond de Thee oh Sees, Ty Segall, Jeff The Brotherhood, Beak>, Loving… C’est l’été quoi ! Niveau bouquins, j’ai du retard mais je me régale de classiques tels que “Just Kid” de Patti Smith ou “Animal Farm” de Georges Orwell. Sinon pas de TV/netflix de mon côté, je ne tiens pas 2 minutes sans m’endormir au cinéma.

W : En ce moment, j'écoute beaucoup Earth, Tommy Guerrero, Full of Hell, Ill Bill, Alpha Wann. Je continue de dévorer les œuvres de Jack Ketchum et je viens de commencer le comic Requiem d'après les bons conseils d'ALT 236 qui cela dit en passant, vise toujours très juste.





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