Mikal Cronin

"La seule chose qui m'importe entre deux albums est de sentir que je progresse personnellement" [mercredi 04 mars 2015]

C’est au Walrus, petit bar disquaire près de Gare du Nord que nous rencontrons Mikal Cronin, en visite sur Paris dans le cadre de la promotion de son 3eme album MCIII qui sort le 4 mai chez Merge Records. Après une petite session acoustique réussie auprès d’autres confrères nous nous empressons de rejoindre un Mikal visiblement usé par sa journée pour une interview made in Xsilence.

Interview réalisée par Chaos & Poplaboubou



C : On va commencer par te poser des questions à propos de ton éducation musicale. Qu'est ce qui t'a motivé à jouer de la musique ?

MC: J'ai débuté vraiment jeune. Ma mère jouait de la musique classique, c'est une excellente pianiste, elle jouait tout le temps du piano à la maison. C'est pourquoi nous avons commencé très tôt le piano dans la famille. J'ai joué du piano pendant pas mal de temps ainsi que du saxophone à l'école depuis mes 10 ans. La musique a toujours fait partie de ma vie, et à force de jouer dans divers groupes pendant mes études j'en ai également profité pour apprendre différents instruments.

C : Du saxophone ! Je ne m'y attendais pas !

Oui ! C'est comme ça, j'ai joué du sax pendant 20 ans. C'est étrange...

P : Bah voyons, c'est pas parce qu'on s'y attendait pas que c'est bizarre (rires)

Ma mère était très sérieuse sur le sujet, elle disait "Bon tu commences par le piano et tu pourras choisir ton instrument quand tu auras 10 ans" J'ai beaucoup hésité à me mettre au saxophone ou à la batterie, mais pendant les cours de musique ce qu'on nous demandait de jouer à la batterie était chiant. (Et il imite un batteur de chorale métronomiquement chiant)

C: Ah... Comme les batteurs d'orchestre ?

Quelque chose dans ce goût avec du classique, vraiment pas ce que tu as envie d'apprendre à 10 ans.

P : Ne dis pas que les batteurs sont chiants (rires)

Ha ha non

C : Il est batteur, c'est pour ça qu'il dit ça

Non j'adore ça maintenant. Mais quand tu as 10 ans, l'apprentissage de la batterie me paraissait ennuyeux. Mais maintenant je regrette un peu, plus tu vieillis et plus jouer de la batterie est amusant. C'est pourquoi j'en joue maintenant.

P : Parce que le saxophone n'est pas devenu plus fun en grandissant ? (rires)

Pas vraiment (rires). J'en joue plus tellement maintenant, seulement de temps en temps pour enregistrer, c'est toujours sympa de pouvoir en ajouter à mes compos.

C : Donc tu as commencé par le piano, le saxophone, ensuite la batterie et enfin tu t'es mis à la guitare ?

J'ai commencé à jouer de la guitare relativement tard pour le coup. Je m'y suis mis quand j'avais 18 ans alors que le plupart de mes potes guitaristes en jouaient depuis tout jeune. Après c'est venu assez rapidement, pareil pour la basse et j'ai commencé à acheter beaucoup d'instruments.

C : Tu as beaucoup d'instruments désormais ?

Beaucoup ! (rires). Et même si j'ai pas assez d'espace chez moi... Je continue toujours à en trouver plus.

C : Peut être reste t-il des instruments que tu souhaiterais avoir ?

Pas mal oui. J'adorerai apprendre à jouer du violoncelle, ainsi que d'autres instruments à cordes de la même famille...

C : Tu joues déjà du violon, non ?

Ah non, en fait il y a eu un communiqué de presse confus à ce propos. Ça sous entendait que je jouais du violon et des cuivres ou d'autres instruments mais je ne sais pas en jouer.

C : Pas grave tu as encore le temps d'apprendre à en jouer. Maintenant qu'on en sait plus sur ton initiation à la musique, peux tu nous dire ce qui t'a motivé à écrire ?

Je sais plus vraiment, je devais avoir 19 ans. Par contre je ne me rappelle plus pourquoi.

C : C'est venu naturellement

Oui dès que j'ai commencé a mieux maîtriser la guitare.

P : Donc tu ne te rappelles même pas de la première chanson que tu as écrite ?

Si, je m'en rappelle, je n'ai par contre plus le titre en tête mais je me souviens que la chanson était horrible (rires). J'étais assez déçu et plus tard j'ai réussi à l'améliorer. A ce moment là j'ai aussi commencé à jouer dans un groupe en tant que bassiste car c'est ce qui manquait dans ce groupe.

C : Classique, les bassistes sont moins nombreux que les guitaristes.

C'est marrant, c'est assez simple de passer de la guitare à la basse. Le premier groupe que j'ai rejoint s'appelait Moonhearts. On a pas mal jammé et au final enregistré plusieurs chansons. Puis on s'est dit qu'il fallait rajouter du chant mais personnes ne voulait le faire (rire)

C : C'est marrant que tu en parles car c'est pareil pour nous en ce moment.

Ah ouais ? Et c'est comme ça en tout cas que je me suis mis à chanter. Je suppose qu'à un moment on essaie tous de mettre des paroles sur nos compositions.

P : Maintenant qu'on en sait plus sur ta relation à la musique, parlons d'un autre sujet. On parle énormément ces dernières années d'un revival 60's et en particulier de la scène de San Francisco à laquelle tu es apparenté. Est ce une affiliation qui te dérange ?

Je n'habite plus du tout à San Francisco, peu de personnes sont au courant. Mais oui en tout cas, j'ai fait partie de cette bande de potes qui jouaient de la musique dans des groupes garage différents. On sortait des albums et on faisait quelques tournées. Et comme nous étions tous originaire de San Francisco, les gens nous ont donc associés à cette scène bien que les groupes puissent jouer des musiques différentes.

P : Nous avons essayé de faire un petit schéma*, bon on te prévient il ne faudrait se moquer de notre talent évident pour le dessin. (Rires) Nous avons essayé de relier les différents groupes et acteurs de cette scène. Il s'avère que tu as eu pas mal de groupes. Tu penses qu'on a oublié des trucs ?

C : On a omis volontairement certaines figures de la scène comme John Dwyer ou Mike Donovan car il y aurait trop de groupes. (rires)

P : Si tu penses qu'il manque quelque chose, n'hésite pas à l'ajouter.

Ça me parait pas mal du tout. Ça fait bizarre de voir ces groupes représentés de cette manière. C'est cool.

P : Comme tu l'as dit vous êtes tous potes. Comment vous êtes vous rencontrés ?

Certains d'entre nous comme Charlie et Ty ont été au collège ensemble, ils ont liés des amitiés avec des gens comme Chad Ubovich. Nous étions au final plusieurs groupes de potes qui se sont rencontrés et finalement ça a bien collé entre nous.

C : C'est marrant que tout le monde se soient sentis concernés en même temps.

Oui nous étions tous sur la même longueur d'onde du coup ça nous a rapproché.

P : Maintenant que tu as l'occasion de tourner un peu partout dans le monde, ressens tu l'enthousiasme que les gens ont pour votre scène ?

Oui c'est génial, nous tournons tous pas mal depuis 3/4 ans, et aucun d'entre nous ne s’y était vraiment préparé. On se sent vraiment chanceux. Du coup nous sommes plutôt pris en ce moment et tout ça pour jouer de la musique, quoi de mieux ?

P : J'ai l'impression que c'est toujours compliqué dans une ville de créer une synergie autour de musiciens afin d'en faire émerger une scène. Penses tu qu'il y a un lien entre la musique des années 60 et la ville de SF qui expliquerait votre rencontre ?

Je ne pourrais pas dire si c'est du à la ville en soit ou bien le fait que nous étions un groupe d'amis qui écoutions la même chose. Je pourrais penser à des groupes de Nashville qui ont un style de musique assez similaire. Je pense que c'est parce qu'ils sont tous amis, ils partagent tous leurs expériences, ils sont intéressés par ce que font les autres et au final ils finissent par s'influencer les uns les autres.

C : Et petit à petit la scène grandit.

Au final, je ne pense pas que le lieu géographique précis ait grand chose à voir avec le style de la scène en lui-même.

C : Quand as tu commencé à écouter du rock ?

Plutôt jeune, mes parents écoutaient du rock à la maison.

C : Ta mère joue également du rock ?

Non, seulement du classique et du jazz, c'est vraiment l'ambiance générale qui planait dans la maison du coup j'ai du attendre de grandir un peu pour vraiment me plonger dedans.

P : Il y a-t-il des groupes qui t'ont particulièrement influencés ou dont tu te sens proche ?

Le premier groupe que j'ai découvert est Nirvana. Ça à longtemps été mon groupe préféré et je les adore toujours et je prends encore autant de plaisir à les écouter régulièrement.

C : En jetant un oeil à ce schéma, on se rend vite compte que tu étais pas mal occupé. Avais tu le temps de t'impliquer dans chacun de tes projets ?

Avant que je ne parte en tournée avec ces groupes, c'était facile on faisait environ un concert par semaine. Maintenant je suis partagé entre les différents projets live de Ty Segall et mon groupe, ce qui occupe beaucoup plus mon emploi du temps. Quasi plus qu'un emploi à temps complet. C'est à la fois stimulant et amusant, mais ça implique moins de temps perso chez moi. Ce qui me va très bien comme ça. D'ailleurs mon emploi du temps s'annonce un peu plus cool cette année, ce qui me permettra de faire des choses pour moi. Au final oui je suis occupé mais c'est par des choses que j'aime faire, donc tant mieux.

P : Aurais tu des infos concernant l'un de ces groupes ? Les Meatbodies, le groupe de Chad, jouent ce soir...

C : ...et on y sera !

Moi aussi. Ty et Fuzz bossent actuellement sur des nouveautés. Question tournée, les groupes ne font plus beaucoup de concerts à part le Ty Segall Band. Rien de particulier et je n'ai pas envie de vendre la mèche plus que ça.

P : On est impatient de te voir jouer en Mai.

Oui je suis impatient aussi, ça va être cool.

C : Parlons un peu des trois albums sortis sous ton nom. Question sans doute un peu alambiqué, mais avec le recul, peut-on envisager de voir un message que tu voulais faire passer au travers de cette trilogie ? A contrario, doit on les appréhender comme des oeuvres isolées les unes des autres représentant l'état d'esprit dans lequel tu étais lors de leurs écriture ?

Oui on peut les voir comme différents chapitres d'une même histoire, de mon histoire en fait car les sujets abordés sont très personnels. Chaque album parle de ce que j'ai vécu pendant chaque intervalle de temps. Et en fin de compte ils sont liés les uns aux autres par mon style d'écriture très introspectif. Tu pourrais les écouter du premier au dernier et y retrouver ce lien. Ils ne sont pas si éloignés que ça, juste qu'ils me prennent plus de temps à produire à chaque fois.

On remarque une progression au travers de tes albums, il y avait cette touche pop sur le premier album que tu as développé ensuite sur le second. Et de fil en aiguille tu assumes de plus en plus ce coté pop. C'est assez marrant de constater ça lorsqu'on compare avec le reste des groupes de la scène de San Francisco qui puisent leur musique dans un garage rock plus primitif. Au final tu es un des rares à te distinguer de ces groupes. On peut dire en quelque sorte que tu es le popeux planqué de la scène ? (rires)

Oui et c'est sans doute dû au fait que j'apprécie plus les chansons pop que mes amis. A l'époque j'avais l'impression que MCI était le truc le plus pop que j'ai jamais fait, c'était complètement barré pour moi. Et maintenant avec le recul quand je le réécoute je me dis qu'il est pas si pop que ça. Il reste pas mal influencé garage. Influence dont j'ai réussi à me défaire au fur et à mesure des albums au profit d'une écriture plus sincère avec ce que j'ai en tête. Maintenant si j'ai envie d'écrire des ballades, d'ajouter divers arrangements de cordes ou même si il n'y a que ma voix posée sur un peu de cordes et bien je me le permets.

C : Les harmonies semblent plus riches

Oui et la voix est plus forte. En fait ça me semble naturel à chaque fois que je me pose pour écrire un album, et cette direction s'est imposée d'elle même. Ce côté popeux n'était donc pas prévu.

P : Un peu comme si ta musique évoluait en même temps que ta personne. C'était marrant pour nous de constater cette touche pop.

Oui c'est ça.

C : Des idées pour le prochain album ? Peut être que tu vas ajouter du saxophone ?

Il y a déjà du saxophone par petites touches sur chacun des albums. Mais pourquoi pas un album entièrement au saxophone ?

P : Et pourquoi pas du violoncelle ?

Je sais vraiment pas, peut être que je vais refaire le même

C : Oui tu ne prévois pas ta musique

La seule chose qui m’importe entre deux albums est de sentir que je progresse personnellement. Je n'aime pas l'idée d'avoir l'impression de rester bloquer dans le passé, j'ai besoin de me sentir heureux lorsque je compose et de percevoir une progression dans mon son.

P : Je comprends ça me parait essentiel.

C'est pour ça que je me concentre surtout à être dans un bon état d'esprit en composant. Donc pour le moment j’ai aucune idée de ce que je vais produire ça pourrait un putain d'album noise psyché pourquoi pas.

P : Je parierai sur du piano.

Ça se pourrait en effet.

C : Juste du piano et de la voix.

J'adore vraiment jouer du piano donc oui c'est vraiment possible.

C : On peut établir un lien avec les Meatbodies qui joueront ce soir, Chad Ubovich a joué de la guitare sur ton album.

Il a été membre de mon groupe de tournée pendant pas mal de temps. C'est vraiment un bon ami et un excellent guitariste. Désormais il est trop occupé pour continuer de tourner avec moi à cause sa carrière solo.

C : Un excellent bassiste également

Oui il joue de la basse au sein du groupe Fuzz

P : C'est avec Fuzz que nous avons eu l'occasion de le voir sur scène pour la première fois.

C : The Fuzz Time (jeu de mot intraduisible avec First/Fuzz

C'est un shredder, je suis vraiment excité à l'idée de le voir en live et j'arrive toujours pas à croire que nos calendriers se soient croisés de cette manière.

P :Tu nous disais que tu as une grande collection d'instruments. Il y en a un que tu préfères dans le tas ?

Il y a en beaucoup pour des raisons différentes. Par exemple cette Gibson acoustique à 12 cordes. Elle date de 1968 je crois, elle est vraiment fantastique, je l'adore. J'ai aussi un piano, il a un son qui fait assez vintage, assez puissant. Il faut que je rentre chez moi pour en jouer par contre. Non je peux vraiment pas en choisir un en particulier.

P : Tu n’aurais pas dit un kit de batterie ! (rires)

Actuellement je n'ai plus de kit de batterie chez moi, je n'ai pas de place. Mais j'adore jouer de la batterie.

P : Bon bah c'est déjà la fin

J'imagine qu'on se verra ce soir alors.

Tu peux garder notre petit schéma si tu veux

MC: Vraiment ?

Oui c'est notre cadeau !

Je le garde alors. A plus


*Schéma visible ici




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