Bosnian Rainbows

Bosnian Rainbows

Bosnian Rainbows

 Label :     Sargent House 
 Sortie :    lundi 24 juin 2013 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

Un jour, vous ne vous y attendez foutrement pas, vous assistez à une première partie d'un concert qui éclipse le groupe pour lequel vous êtes venu au départ. Pas le genre de première partie dont vous n'en avez rien à foutre parce que vous attendez le groupe juste après et que vous l'attendez en fait depuis des années, car trop jeune pour l'avoir vu à son zénith (et pas au Zénith) vous ne pouvez récupérer que ce qui peut rester de magie. Pas non plus le genre de première partie où vous dites après : "Ouais, c'était sympa" avec autant de bonne volonté que de mauvaise (vous n'avez aimé que deux-trois titres en réalité). Il y a aussi les premières parties mortellement chiantes, où même si l'artiste joue 30 à 45 minutes, cela semble une putain d'éternité. Donc vous voyez enfin un groupe de première partie, 17 ans après votre premier concert, qui vous plaît vraiment. Oui, vraiment. Enfin !

Charmé par cette surprise (et honteux de ne pas avoir reconnu le guitariste d'un groupe que vous écoutiez naguère, "c'est pour ça que j'aime bien aussi...", dites-vous avec autant de bonne volonté que de mauvaise foi), vous vous procurez l'album éponyme des Bosnian Rainbows, histoire d'aller plus loin. Et au bout d'écoutes quotidiennes durant deux semaines, vous êtes heureux. Voilà l'album que vous attendiez depuis des années. Non, pas des mois. Des années. Trop d'années à écouter des groupes qu'à moitié convaincants, qu'on oublie aussi vite qu'ils ont été proclamés nouveaux génies du rock. Trop d'années à écouter des redites, de la musique faite par des fans et non plus par des artistes, des vrais (et la force de Bosnian Rainbows, c'est d'être à la fois des fans et des artistes), et trop d'années à voir des come-backs ratés de vos vieilles légendes tombées en décrépitude physique et musicale (surtout musicale). Et puis il y a cette question de l'album d'été. Depuis combien d'années n'avez-vous pas eu d'album d'été ? Pas celui qui est sympa, léger et qui se prête au contexte de détente propice à cette saison. Non. L'album d'été dont vous savez qui cristallisera une période importante de votre vie.
Enfin. Vous trouvez ce putain de disque qui résume tout ce que vous aimez dans la musique. Tous les genres que vous aimez y sont. Tout ce qui vous fait vibrer y est. Pas un truc en mode shaker d'influences. Des influences, il y en a bien entendu, mais elles ne servent que la personnalité de la musique. Fini les sélections MP3 qui ne durent que le temps d'une compil' à une autre. Vive le plaisir retrouvé de la musique.

Alors après, effectivement, tout dépend du point de vue sur lequel on se place : les prochaines lignes ne convaincront peut être pas ceux qui ont aimé At The Drive-In plus pour l'énergie (punk ? emo ?) que pour les mélodies, et ceux qui appréciaient The Mars Volta pour le côté progressif. Même s'il persiste un peu de ses caractéristiques, Bosnian Raibows se veut un croisement d'influences pour une précision mélodique recherchée, à la fois directe et cachée, travaillée mais claire. Osons dire que c'est trop pop (et ce n'est pas forcément un vilain mot) pour certaines personnes, et que, au contraire, ce format permet de d'explorer toute une contrée d'émotions. Oui, ça fait plaisir.
Ca peut faire fuir aussi le côté réunion d'ancien combattants avec une chanteuse. Certains liront la chronique en se disant : "Ben oui At The Drive-In a splitté, Rodriguez a formé The Mars Volta qui a splitté pour former Bosnian Rainbows. En plus d'Omar Rodriguez Lopez à la guitare, il y a Deantoni Parks à la batterie et aux claviers, lui-même ex-The Mars Volta. Il y a un autre mec au synthé, Nicci Kasper (le nom d'un joueur de synthé quoi...). Puis il y a une chanteuse, Teri Gender Bender, alias Teresa Suarez, jeune et énergique, repérée dans le groupe Le Butcherettes, anciennement produit par Rodriguez Lopez. Le mec dans la chronique il dit que c'est un peu pop, merde ! C'est Garbage 2 !" Ben non les gars (et les filles aussi).

Le disque a été enregistré en Allemagne avec un jeune producteur du nom de Johann Sheerer, et fait de manière totalement analogique (bordel de merde, mille fois merci !). Sur les onze titres, deux se détachent particulièrement en tant que "tubes". Tout d'abord, le premier single, "Torn Maps", un peu détaché par rapport à l'ensemble, car sautillant, bondissant et énergique, mais qui a la fougue du premier groupe du Omar. Le refrain fait engagé autant qu'un peu naïf ("Can't we just stop ; acting like we don't know...), mais l'énergie est communicative et la chanson efficace sans être balourde. "Red" est une perle new wave et saura séduire ceux dont une partie de leur cœur est alimentée par un sang synthétique.
Autre titre efficace, "I Cry For You" est plus musclé au départ, tandis qu'il est urgent sur sa fin. Rodriguez Lopez et Parks retrouvant leur marque de fabrique. L'une des grandes forces de Bosnian Rainbows au fond est de maîtriser leurs interruptions, de casser leurs progressions tout en étant cohérents. Le titre d'ouverture, "Eli", par exemple est progressif et communiant, pour rencontrer ensuite des territoires explorés par Nine Inch Nails et Portishead, où l'on se prend à croire qu'Adrian Utley joue pour le groupe indus. On a bien là des territoires découverts par d'autres avant eux, mais les Bosnian Rainbows y tracent leurs propres chemins. "The Eye Fell In Love" se fait plus discrète mais exploite cette obsession pour les yeux qui revient de manière récurrente sur tout le disque, emprunt d'un certain spleen. Omar Rodriguez Lopez fait pleurer ses guitares sur "Worthless", au croisement du chant mélancolique de Teri Gender Bender et des machines de Kasper et Parks. "Morning Sickness" exploite aussi cette veine et reste la chanson la plus représentative du style Bosnian Rainbows : sensibilité, syncopes rythmiques, précision des basses, guitares torturées et chant tendre sans l'être de Teri Gender Bender. On croise également du Siouxsie And The Banshees sur ses chemins hors de ces sentiers débattus sur "Torn Maps" (les guitares, le chant dans le moment avant le solo) et la basse électro-indus de "Dig Right In Me" (même le titre fait indus) a quelque chose de Steve Severin (on pense aux basses d'Israël), mais le morceau gagne une progression nouvelle grâce encore aux guitares maltraitées d'Omar Rodriguez Lopez.
"Turtle Neck" sera le moment planant du disque, avec sa plongée océanique au départ, interrompue par des coups de guitares renvoyant au "Paranoïd Androïd" de Radiohead. "Always On The Run" est petit peu plus furieux et on retrouve un peu du parfum d'At The Drive-In, mais toujours au point mélodiquement.
"Mother, Father, Set Us Free" est le dernier titre, désespéré et menaçant au départ, tant dans son refrain que dans son couplet. Puis la chanson fuit de la tristesse vers l'hystérie bondissante d'une P.J. Harvey qui aurait retrouvé le feu de Dieu. Oui, ça fait bien plaisir ! Encore une fois !

Un album qui est rentré en peu de temps dans le top du chroniqueur au nom mexicain qui a écrit ces lignes (le chiffre qui va avec trahit et traduit le côté synthé de l'époque). Un album dans lequel votre xsilencieux peut se reconnaître, donc.


Exceptionnel ! !   19/20
par Machete83


  NDLR : édité en Europe via Clouds Hill la veille de la sortie américaine.


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