Pavillon Rouge

Solmeth Pervitine

Solmeth Pervitine

 Label :     Post Apocalyptic Music 
 Sortie :    mercredi 15 juin 2011 
 Format :  Album / CD   

Jusqu'à aujourd'hui, le nom de Pavillon Rouge ne m'évoquait qu'un grand cru classé. Désormais, ce sera la nouvelle incarnation de Kra Cillag, chanteur de Crystalium au cours de la dernière décennie, et Saint Vincent, chef d'orchestre de l'entité BlackLodge.
Visuellement, il est évident que l'album Solmeth Pervitine ne reprend pas les spécificités graphiques de ses deux groupes souches. L'esthétique asiatique, très flashy et moderne, évoque davantage une invitation à une rave organisée par un gouvernement totalitaire qu'une visite guidée des dédales de l'Obscur. En cela, Pavillon Rouge s'inscrit dans une mouvance finalement très française qui cherche à donner un autre visage au black métal, à appréhender le style à l'aide de nouveaux paradigmes. On peut interpréter cela comme une trahison de l'esprit originel ou une évolution salvatrice qui lui évitera peut-être de crever dans sa consanguinité, mais si l'auditeur potentiel se situe plutôt dans la première catégorie autant qu'il sache de suite que la musique proposée par Pavillon Rouge risque de lui provoquer ulcères, eczéma et toutes sortes de maladies de peau. Il serait dommage de dépenser tout un budget de disques estampillés "True Black Metal Underground" chez le dermatologue...
Car oui, le renouvellement n'est pas que dans la forme, il concerne également le fond, ce qui est tout de même le plus important. En effet, on ne compte plus les groupes qui soignent à outrance leur image mais qui n'offrent au final qu'une inspiration d'une bien triste banalité. La première excellente surprise, pour ceux qui appréciaient Crystalium, c'est la continuité dans le choix d'un chant extrême en français, Kra Cillag ayant cette faculté de proposer des vocalises puissantes et frôlant parfois l'hystérie pure tout en conservant une diction claire. Ce type de chant est plutôt rare et il contribue indéniablement à la qualité globale du projet. De plus, l'adjonction ponctuelle de glitch apporte une touche d'originalité parfaitement dosée qui contribue à réduire le décalage instauré délibérément avec les orchestrations synthétiques. Au rayon des étiquettes, "Solmeth Pervitine" propose un électro-black-indus froid, bien que moins déshumanisé que chez BlackLodge, où la symbiose des genres est parfaite. Pour bien saisir l'essence du concept, il faut imaginer un groupe de black symphonique qui remplacerait ses claviers par une techno hyper violente. Cela n'a rien avoir avec un quelconque collage mécanique de beats sur un métal classique, la définition est pleinement justifiée et la réussite d'autant plus grande.
Davantage concentré sur les rythmiques et les ambiances que sur la science du riff ultime, Pavillon Rouge développe tout au long de ses onze compositions une frénésie indéniable, entre références aux 80's ("Sept Siècles et le Feu" m'évoque un Indochine qui marcherait au crack et à l'acide), interlude émotionnel (l'excellent électro-dub "Le Cercle du Silence") et bouffées délirantes ("Les Membranes Vertes de l'Espace"). Il est clair qu'avec une telle production, les Grenoblois risquent de froisser le conservatisme de certains : pas de clichés sataniques, de poses dans les bois ou de warpaint. Cela dit, le choix du modernisme et de la mixité, même s'il n'est pas nouveau, me semble ici bien plus maîtrisé que ce que j'ai pu écouter jusqu'alors, d'autant que les membres ont déjà acquis une crédibilité et ne sauraient être taxés d'opportunisme. Peut-être pourrait-on reprocher à Solmeth Pervitine sa linéarité, la majorité des titres suivant un tempo assez identique (et rapide pour ceux qui n'auraient pas encore compris) mais la recherche systématique de sons complexes et l'art consommé des cassures multiples pallient ce sentiment naissant.
Les dernières mesures de "Avesta, Le Vent Effacera Tout" ne laissent la place que pour une seule conclusion : voilà un putain d'album, violent, personnel, intelligent, qui rompt définitivement avec les codes d'un autre âge. Pour une écoute à très fort volume.


Bon   15/20
par Arno Vice


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