Beach House

Bloom

Bloom

 Label :     Sub Pop 
 Sortie :    mardi 15 mai 2012 
 Format :  Album / CD  Vinyle   

On pourrait faire débuter la chronique de Bloom là où s'arrêtait celle de Sirius sur le précédent Teen Dream. Beach House avait alors franchi une étape décisive, la production cotonneuse de Chris Coady n'y étant pas pour rien. Et comme l'annonçait récemment le single "Myth", rien n'a vraiment changé durant ces deux ans. La recette est toujours la même : un rythme minimaliste, une simple ligne mélodique de clavier, une guitare ambiante ; l'écrin idéal sur lequel vient se poser l'incroyable voix de Victoria Legrand, qui parvient à allier chant soufflé et voix pleine avec une remarquable maîtrise.

Ainsi, comme on l'avait fait deux ans auparavant pour Teen Dream, on vogue ici de piste à piste, guidés par les onomatopées enivrantes de Victoria, en restant blottis dans cet incroyable cocon de douceur souvent imité par une pléthore de suiveurs... mais bien sûr jamais égalé. Avec ses longues pistes chaleureuses qui se fondent les unes dans les autres, l'album doit être vu comme une seule et même pièce cohérente plutôt qu'une collection de chansons. Peut-être un poil plus dépouillé que Teen Dream et certainement moins planant, Bloom se pare parfois de gimmicks de claviers 16-bits qui rappellent avec nostalgie l'époque (pas révolue pour tout monde) où l'on bavait devant les thèmes synthétiques des premiers Final Fantasy ("Lazuli" ou "Myth"). Quelques pistes se hissent en haut du panier, notamment "On The Sea" que Victoria porte seule jusqu'à ce qu'arrive, magnifique, la guitare d'Alex Scally, changée pour l'occasion en mandoline angélique. "Irene", avec ses 8mn, est le morceau de bravoure de Bloom et nous promet le plus beau voyage du disque ; il n'y a plus qu'à se laisser porter par le piano tranquille de son refrain.

Non, décidément, les choses n'ont pas franchement évolué depuis Teen Dream. Et alors ? Y en a-t-il à qui cela pose un problème ? Je ne comprends pas le ressentiment de certains admirateurs du précédent opus qui se plaignent de la ressemblance de Bloom avec celui-ci. Les chansons ne sont pas les mêmes, si ? La production est identique ? Ben tant mieux ! Mieux vaut se réjouir d'un groupe qui a trouvé une excellente formule et qui l'exploite sur plusieurs albums ! L'effet de surprise n'est certes plus de la partie, mais la magie opère toujours.

Et si en 2014 ils nous refont le coup du Teen Dream III (ou Bloom II c'est selon), alors ainsi soit-il ; si ils ont toujours quelque chose à dire sous cette incarnation là, je ne leur lancerai pas la première pierre.


Parfait   17/20
par X_Wazoo


 Moyenne 17.33/20 

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Posté le 14 mai 2012 à 11 h 17

La ville de Baltimore, Maryland est connue des esprits réducteurs comme le mien, pour principalement trois choses : The Wire, Animal Collective et Beach House. Si l'évocation d'Omar Little sifflotant "My Girls" doit a priori ne faire fantasmer que ma petite personne, l'excitation latente autour du prochain album du duo Legrand-Scally est pour le moins très largement partagée dans la petite sphère musicale de l'indie pop.

Sur le papier, Bloom avait tout pour être le petit frère de Teen Dream, premier vrai succès d'estime du groupe en 2010. Les trois premiers opus de Beach House étaient parvenus à dessiner une empreinte musicale, dont on voit mal comment le groupe pouvait se débarrasser un jour ou l'autre: dans le domaine de la dream/chamber pop, c'était eux les meilleurs. Même si ça cela représentait un gage de qualité en soi, on craignait ci et là la parution d'un Teen Dream bis. Et le miracle survint. Le premier single "Myth" nous avait mis sur la voie, "Lazuli" confirmait nos espoirs les plus fous. Teen Dream était zébré, blanc, aérien. Bloom sera rond, noir, végétal. Bloom ou la floraison. La renaissance d'un groupe en plein printemps.

Certes, on est en terrain conquis et connu, mais reprocher à Beach House d'avoir pondu le même album qu'il ya deux ans, ça serait se foutre de leur gueule. On pourra les accuser d'être plus accessibles, d'aller plus facilement à l'essentiel. Remarque pas entièrement fausse, vu que la musique de Beach House n'a jamais été aussi condensée, aussi "straightforward" si vous me pardonnez cet anglicisme. Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, leur musique n'a jamais été aussi puissante. C'est génial d'être encore étonné par Beach House. On reconnaît les grands groupes à ça au final : ceux qui parviennent à trouver le point G responsables de nos orgasmes musicaux, autant dans les grands passages éthérés que dans les riffs les plus bruts.

Cela semble bête de le rappeler mais Beach House a toujours maîtrisé son sujet et Bloom ne faillit pas à la règle. Pourtant, leur songwriting est très osé pour le coup, en comparaison avec leurs titres d'avant. On a des montées en puissances, des fausses pistes (le début de "Lazuli" et son hommage aux consoles 16 bits) peu de couplets, peu de refrains, mais rien ne s'éparpille, rien n'est surfait ou dispensable. Bloom est un album très physique, il prend au corps car il a du corps. La voix de Legrand, tout le temps sur la brèche, ne lasse jamais et hisse souvent l'album aux frontières du sublime. A nouveau et à l'instar de Teen Dream, le milieu d'album semble être un peu "en deça" du niveau général ou du moins marquer un peu le pas, la faute à un enchaînement des quatre premiers morceaux qui nous laisse pantois et un titre de fin, longue plainte glaciale dans la nuit. "Irene" donc, conclusion de cet album qui serait l'exemple le plus concret de l'évolution de Beach House durant ces deux petites années. Comparez-le à l'excellent "Take Care" de Teen Dream, et vous saisirez instantanément en quoi Bloom est plus "contracté" et moins aérien que son prédécesseur, et de manière étrange, semble résonner avec beaucoup plus de force.

Beach House marque à nouveau les esprits de 2012, notre petite maison en bord de plage est toujours là, bienveillante, les pieds quasiment dans l'eau, face au soleil. Les clivages autour de ce groupe ne seront certainement pas modifiés avec Bloom : haters gonna hate, worshippers gonna worship. Choisissez votre camp, moi mon bouquet est prêt.
Excellent !   18/20



Posté le 12 juin 2013 à 13 h 15

Beach House, c'est le groupe qui s'est trouvé un son et qui s'y tient. Ce n'est même pas le son le plus original, tant il est inspiré (recopié ?) de la dream pop des années 90. Le duo franco-américain a pourtant de la personnalité, avec le timbre grave de Victoria Legrand, cette boîte à rythmes métronomique et les accords vibrants de la guitare d'Alex Scally. C'est aussi un groupe dont le nouvel album est toujours un peu meilleur que le précédent.

C'est donc six ans après le premier album que sort Bloom. Pas de surprise, on retrouve le son doux et lent du groupe. Je suis peut-être trop influençable par les pochettes d'albums, mais autant l'album précédent Teen Dream me donnait l'impression d'avoir le soleil dans les yeux et les mains dans le sable, autant Bloom me plonge dans une semi-torpeur nocturne un brin glacée. Il faut dire que le son des claviers passe ici de l'orgue '60s aux synthés froids '80s, très proches du son synthpop.

L'album démarre sur un enchaînement de trois titres sublimes, qui expédie déjà les trois premiers albums du groupe aux oubliettes. "Myth" est même leur meilleure chanson, je suis catégorique. Tout est parfait sur ces trois perles épiques, où le duo sonne presque mégalo, mais les mélodies sont si belles qu'on ne peut que s'y abandonner.
Je dois avouer qu'en comparaison de cette ouverture renversante, le reste de l'album pâlit un peu. Il est probablement plus inégal que Teen Dream... mais ses sommets sont plus hauts, et plus nombreux. "Wishes" est en effet un autre titre bouleversant, avec cette descente de guitare surf à vous donner des frissons. Enfin, le final "Irene" est aussi une pièce épique et vibrante à la progression tétanisante flirtant un court instant avec le drone.

En bref, Beach House creuse toujours son filon, et le fait tellement bien qu'on n'a aucune envie de les voir dévier de leur formule !
Parfait   17/20







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