Trevor Dunn's Trio Convulsant

Sister Phantom Owl Fish

Sister Phantom Owl Fish

 Label :     Ipecac 
 Sortie :    mardi 27 juillet 2004 
 Format :  Album / CD   

Dans la galaxie des multiples projets de Patton et Zorn, il y a une étoile, discrète mais indispensable à la cohérence de l'univers créé, et cet astre se nomme Trevor Dunn.
Bassiste surdoué constamment dans l'ombre des ces deux géants, il distille ses improbables partitions aux rythmes des projets, indépendamment du style, toujours en harmonie avec le sujet.
Néanmoins, le bonhomme n'est pas qu'un simple faire valoir de génie. Créatif boulimique, des espaces plus personnels lui sont nécessaires. Ainsi naît le Trevor Dunn's Trio-Convulsant dont ce Sister Phantom Owl Fish est le deuxième album.
Entouré de Ches Smith à la batterie et de Mary Halvorson à la guitare, Trevor compose un free jazz instrumental qui, preuve de sa grande humilité, n'est pas une ode à son instrument.
Le bassiste choisit plutôt d'arpenter les chemins d'une musique syncopée, mélangeant allègrement des arpèges étranges et de prime abord dénués de mélodies à des cassures brutales de guitares façon Mr Bungle ("Liver-Colored Dew", "Dawn's Early Vengance").
Clairement orienté vers les ambiances et l'expérimentation, ce Sister s'inscrit bien entendu dans une filiation connue et appréciée. Néanmoins, on remarquera que le bassiste n'est pas là pour en faire des caisses et que ces interventions, très rarement solos ("Me Susurra Un Secreto"), ne cherchent jamais l'esbroufe. Il faut dire que le gars n'a techniquement rien à prouver et que seul le plaisir du jeu semble guider ses compositions.
L'aspect disharmonique rappelle à l'occasion les projets expérimentaux de Zorn ("The Salamender" et "Styrofoam & Grief" par exemple), comme l'album Absinthe de Naked City, mais la tonalité générale reste dans une forme d'étrange relaxation printanière ("The Single Petal Of A Rose"), qui séduira davantage les amateurs de The Dreamers que de Painkiller.
Reste que quand le tempo s'emballe, l'auditeur se retrouve ballotté par une espèce de funk minimaliste et dissonant ("I'm Sick") au rythme obsessionnel entrecoupé d'accords rachitiques et hétérodoxes, à la fois dansant, chaloupé et bancal.
Au final, je ne crie bien sûr pas au génie, mais il faut reconnaître à cet album le parfum de la sincérité d'un musicien humble, jamais démonstratif, et qui est probablement l'un des plus doués de ces dernières années. Sans doute peu séduisant pour les purs amateurs de jazz, trop abscons et expérimental pour les rockers, pas assez brutal pour les fondus d'extrême, et sans Mike P. pour les indécrottables, je conserve toutefois un attachement certain à cet album, pour sa différence, son esthétisme et son refus de la stagnation.


Sympa   14/20
par Arno Vice


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