Tunguska : Last Transmission

Tunguska : Last Transmission

 Label :     Atypeek Music 
 Sortie :    vendredi 31 mars 2017 
 Format :  Mini Album / Numérique   

Je suis à la fois le plus mal placé pour parler de mais également peut-être la personne la plus objective pour faire la critique de Tunguska : Last Transmission. Mal placé parce que j'y joue, bien placé parce qu'entre les maquettes que j'envoie à mon binôme et son travail de ré écriture, la mutation est telle que j'ai parfois bien du mal à reconnaître le titre initial. Et ce sans compter ses propres compositions sur lesquelles je n'ai qu'une infime influence... Cela me met donc dans une position d'auditeur étranger capable d'émettre un jugement presque neutre, sans complaisance.
La tentation est grande de raconter toutes les étapes de ces quatre titres, de partager le processus de création, de mythifier le tout pour en faire une épopée Rock'n Roll grandiloquente mais ça serait trop prétentieux, comme si nous pouvions avoir une quelconque valeur d'exemplarité... Inutile, pompeux.
"Radio Prologue" se lance et les percussions métalliques appuient les vers de Vladimir Maïakovski, qui sera la seule voie audible des titres proposés ici. Si le côté minimaliste et anti mélodique peut rebuter, cette introduction donne néanmoins toutes les clés pour comprendre Pù : des sonorités féreuses, une basse inspirée, sans prétention, par Einstürzende Neubauten, des arpèges de guitares que l'on pourrait hâtivement qualifier de Post Rock, des bribes de mélodies portées par les cordes, ces dernières remplaçant, avantageusement je l'espère, le chant. Pù est une formation sans voix, préférant l'ambiance au verbal.
"Tunguska : Last Transmission" est donc le premier "vrai" titre de l'EP. Pris seul, l'introduction fait sens mais accolée à "Radio Prologue", on pourrait facilement considérer qu'elle est redondante car trop dans la même lignée. Sans doute qu'un départ sur la ligne de basse aurait été plus judicieux, plus impactant, mais je retiens surtout la mélodie centrale portée par les cordes, empreintes de mélancolie, de nostalgie et évoquant le paysage neigeux d'une campagne désertée. Le morceau est néanmoins suffisamment court pour éviter l'enlisement, les guitares apportant la puissance nécessaire pour faire décoller l'ensemble.
"Disturbances". Ce titre porte à lui seul toute l'ambivalence du projet. Purement Ambient, la brève mélodie à une minute vingt n'est là que pour évoquer le deuil, traduire le trajet en charrette des protagonistes du roman "As I Lay Dying" ("Tandis que j'agonise" de William Faulkner) et je regrette profondément la brièveté de cet interlude car, au final, c'est bien dans ces ambiances non musicales que le potentiel se fait le plus sentir.
Cela dit, le morceau phare de Tunguska : Last Transmission reste selon moi "Eastern Western". À la base, c'était juste un arpège à la con, qui tenait en quelques notes rachitiques, et Sébastien en a fait un truc crépusculaire, au sens où la lumière perd lentement la bataille face au vide et à l'obscurité. Sans dire qu'il s'agit du titre le plus abouti, c'est celui qui m'apparaît comme le plus riche, le plus construit, le moins hermétique. Une longue marche solitaire au milieu des tombes, le sentiment d'abandon, le mal-être post rupture amoureuse, c'est encore une fois la sentimentalité qui prédomine bien plus que la prouesse de l'exécution, somme toute rudimentaire.
Je ne suis pas masochiste, je vois les défauts aussi bien que les qualités. Mais ce que je note surtout c'est l'incapacité qui est la mienne à classer cette musique, à la rapprocher d'un courant, les deux acteurs pratiquant un style qui ne correspond en rien à ce qu'ils écoutent. Du coup, j'y vois plus l'expression de l'âme plutôt que la volonté d'appartenance à une scène, en espérant qu'il y aura une suite...


Pas mal   13/20
par Arno Vice


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