Download Festival

Paris [Base Aérienne De Bretigny Sur Orges] - vendredi 09 juin 2017

 Download Festival
Quelle affiche étrange que celle du Download Festival cette année. Enfin, étrange, pas forcément dans sa globalité, mais voir Dinosaur Jr au milieu de gloires du skatepunk ou (nu) metal ayant principalement marqué le début des années 2000, c'était quand même étonnant. Et un peu problématique, aussi. Étant fan absolu du groupe et complètement indifférent, voire hostile aux gloires sk8punk/nu metal, la dépense ou non des 70€ dûs pour la journée s'est presque posée comme un dilemme. Au final, j'ai passé le pas.

Je ne savais pas trop quoi penser du Download Paris, festival à grosses têtes d'affiches sorti de terre l'année dernière en déclinaison du célèbre festival anglais, mais avec un programme beaucoup plus restreint. Et, si l'iconographie pouvait le laisser présager, la scénographie le confirme : Live Nation, propriétaire de l'évènement, cherche clairement à concurrencer le Hellfest. Les scènes sont pensées dans un esprit similaire, le village-vient-cracher-ta-thune propose nombre de boutiques de tatouages ou d'accessoires de mode pour le metalleux plus ou moins averti (il y a même la version pour enfant avec bodys et t-shirt jusqu'à 6 ans), une carcasse d'avion pour le coté "c'est la guerre" cher à ce genre musical, et un barbier pour ceux qui se sentiraient les plus hipsters. J'omets volontairement les débits de boissons et les stands de nourriture plus ou moins douteux, ceux-là sont propres à tous les festivals. Quant à la programmation, la moitié des groupes font les deux festivals, l'autre moitié y aurait sa place (Gojira, System Of A Down, Hatebreed) à quelques exceptions près qu'on verrait plutôt au Rock en Seine (Green Day et Blink 182). Et au milieu de ça, donc, Dinosaur Jr.

En terme de concert, la prestation de ce vendredi était excellente : le groupe est en place et en forme, un J Mascis à peine plus démonstratif que d'habitude, une setlist un peu best of et continuant dans la lignée de celles de la tournée pour Give A Glimpse Of What Yer Not mais avec néanmoins de bonnes surprises, dont un enchainement "Kracked"-"Sludgefeast" de toute beauté, et une version parfait(ement bordélique) de "Mountain Man". Bref, Mascis, Barlow et Murph ont prouvé à ceux qui voulaient l'entendre qu'ils en avaient encore sous le capot et qu'ils peuvent rivaliser sans souci avec la scène metal ou sk8punk en terme d'énergie, de puissance et de compos. Enfin, même pas rivaliser, d'ailleurs, vu qu'ils sont quelques crans au-dessus. "À ceux qui voulaient l'entendre", parce que par une incohérence de programmation assez manifeste, le groupe n'a pas vraiment trouvé son public ce jour-là. La grosse attraction du jour, c'était Blink 182 qui jouait juste après sur l'autre scène principale, du coup les trentenaires nostalgiques de leur époque skate et caleçon qui dépasse du baggy et même les djeunz rebelz authentiques qui n'ont pas connu cette époque-là, c'est triste mais il y en avait vraiment et pas mal, ont préféré se placer devant la scène pour voir leurs idoles refuser de vieillir plutôt que de prêter une oreille à ce groupe de vieux rockeurs bizarres, même pas tatoués et très certainement inconnus au bataillon qui jouait à côté. Et ce bien que Blink eux-mêmes aient repris "Freakscene" sur leur première démo. Tout se perd.


Là où Antoine Lavoisier avait raison, en revanche, c'est que rien ne se crée et que tout se transforme. En tout cas, c'est au moins vrai pour Blink 182. Vous vous en foutez certainement, mais le groupe a connu un changement de line-up il y a peu, remplaçant son chanteur-guitariste à la voix emo par le chanteur-guitariste d'Alcaline Trio, et a sorti un album dans la foulé. D'ailleurs, si vous vous en foutez, vous avez bien raison car l'album est visiblement une grosse bouse bien qu'il ait cartonné en terme de vente. Car oui, vous l'ignorez peut-être aussi bien que moi avant de voir ce concert, mais Blink 182 marche. Et comme je le disais plus haut, pas qu'auprès des trentenaires nostalgiques, mais auprès des jeunes qui n'ont pas connu à l'époque où ils cartonnaient en dépit des sk8punks les plus puristes qui se rendaient bien compte qu'il y avait quand même quelque chose de honteux à écouter ça. Pourquoi aller voir un concert pareil quand on a plus de 16 ans et qu'on n'est pas particulièrement nostalgique de ses années sk8punk, me direz-vous? Et bien parce que je dois avouer que de plaisir un peu inavouable, j'ai fini par ranger les premiers albums de Blink dans le haut du panier du genre, car on peut dire ce qu'on veut 1) ces gars-là savaient écrire des chansons pops rocks certes débiles mais plaisantes, et 2) comme tout bon groupe de punk, il y avait au moins une énergie assez fun et communicative qui pouvait au moins laisser envisager de passer un moment sympa.

Et bien, peau de zob. Déjà, jouer encore les petits cons rebelles (un gigantesque fuck enflammé en guise de scénographie, ça ne s'invente pas) quand on a entre 40 et 45 ans et qu'on a été la coqueluche de MTV, c'est un peu ridicule. Ensuite, le son était absolument dégueulasse (on n'entendait plus la guitare dès que la batterie se mettait à jouer), l'interprétation est bancale (le coup des morceaux qu'on reconnait uniquement avec le refrain), la voix du nouveau guitariste ne colle pas du tout aux morceaux que chantait l'ancien, l'énergie n'est pas complètement absente mais vraiment pas communicative. Avec un répertoire comme le leur, je persiste et signe, on aurait pu passer un bien meilleur moment. Qu'à cela ne tienne, les djeunz semblent avoir pris leur pied sur une prestation médiocre alors même qu'ils ont boudé le meilleur concert de la journée à peine une heure avant. Il n'y a pas de justice.


Après cette déception, on se dirige pour voir Mars Red Sky, captant un peu de Gojira au passage. Leur musique n'est pas du tout à mon goût, mais je dois reconnaitre que scéniquement, le groupe est bien là, le son est massif, l'interprétation carrée. Bien sûr, cette impression était certainement renforcée après un concert bancal, mais je suis persuadé que tous ceux dont c'est la came ont dû se faire un putain de concert. Tant mieux pour eux. Mars Red Sky, avec leur stoner psyché ont offert une prestation honorable, mais la proximité des deux scènes a dû leur rendre la tâche bien difficile, surtout lors des accalmies. Un défaut pour le Download, donc, le son massif d'un groupe comme Gojira ne pouvant que couvrir la sono de la petite scène où jouaient les bordelais. Dommage, malgré des efforts palpables de leur part.


Enfin, on va quand même vous toucher un mot de Linkin Park, dont on n'a vu qu'une petite partie (le temps de sortir du site pour rentrer chez soi, vu que plus rien ne nous intéressait). Et bien pour les avoir vus à l'époque avant le carton en France de leur premier album, et c'était nul, en première partie de Deftones sur la tournée White Pony, qui étaient nuls aussi, d'ailleurs, je m'attendais vraiment à de la grosse bouse. Oui, j'ai eu une jeunesse triste, ce n'est pas le sujet. Bref, tout ça pour dire que contrairement à mes attentes, le son et la prestation du boys band nu metal étaient tout à fait corrects pour un concert de ce genre, on sent que les tournées des stades les ont forgés pour ce qui est d'être carrés et de tenir la scène. Certes, le chanteur avec son look de beau gosse qui veut faire croire qu'il sort de prison et ses doigts d'honneurs à tout va est bien ridicule, mais il tient néanmoins la scène. Cela n'empêche pas que leur musique était et restera nulle à chier (on a quand même eu la "chance" de tomber sur le tube "One Step Closer" quand on partait, mais une fois sorti du festival, on avait l'impression d'entendre de la musique de boite de nuit), cependant je pense encore une fois que les amateurs de ce style de musique en ont eu pour leur argent. Tant mieux pour eux, ce n'est pas parce qu'on a subi une ablation du bon goût qu'on n'a pas le droit d'être heureux!

Bref,Dinosaur Jr, malgré une prestation très bonne mais forcément trop courte festival oblige, ne valait peut-être pas seul le prix du billet. Le problème là-dessous, c'est d'avoir une programmation qui ne proposait rien d'autre pour satisfaire un fan de rock indé tel que moi. Pour le "tout-venant musique rebelle", le Download offrait quelque chose d'assez correct pour son prix, bien que trop léger et trop peu pointu par rapport à son rival indépendant de Clisson. Si l'idée est de pérenniser un festival avec sa propre identité, alors il y aurait peut-être une réflexion à avoir sur l'ouverture ou la restriction mais avec cohérence de la programmation.



Mon acolyte étant allé également le lendemain voir System Of A Down et le surlendemain Prophets Of Rage et Green Day (lui est nostalgique de son époque caleçon qui sort du baggy), je peux quand même vous en toucher un mot :

Le samedi était blindé, beaucoup, beaucoup de monde, notamment au cashless et aux stands de boisson. System Of A Down était propre et carré, ils vieillissent bien. Ils ont joué tous les tubes, et tout le monde était content.

Le dimanche, quelques appréhensions pour Prophets Of Rage, mais on s'habitue au bout de quelques morceaux à la différence de voix. Petit hommage à Cornell, les rappeurs sortent et le groupe joue "Like A Stone" en laissant chanter le public. Ensuite, le groupe s'en va, les rappeurs jouent leurs tubes ("Jump Around", "Insane In The Brain"...) puis le groupe revient et enchaine les tubes. Bonne énergie, bon set. Beaucoup de 30-40 ans dans le public, qui déserte partiellement avant Green Day.

Green Day enchaine beaucoup de chansons post 2000, adaptés à la moyenne d'âge du public. Très bon show, Billy Joe Machin chauffe la salle, il sait y faire même pour un non fan. Il fait monter un gars du public pour jouer un morceau, ce genre de trucs toujours sympas et pas si courant pour un groupe de cette envergure. Un bon final, même quand on part après "Basket Case", la perspective de la route ne motivant pas à rester plus.


Correct   12/20
par Blackcondorguy


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