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Samedi Suicide et autres histoires ...
 


Posté le 08 novembre 2020 à 12 h 31m 41s

Samedi suicide

Il fréquentait le même bar chaque samedi après-midi. Pour lui, il n'y avait que cette activité qui le motivait après chaque semaine de travail dans cette petite ville de province qu'il n'aimait pas et où il ne se passait pas grand chose les weekends. Il s'appelait Jean-Pierre Blaireau

Jean-Pierre Blaireau n'attendait qu'une chose dans ce bar, c'était de croiser à nouveau cette femme qui lui avait tapé dans l'œil deux semaines avant. Il priait pour que cette fois-là le courage ne lui fasse pas défaut. Il devait absolument engager le premier pas vers elle, vers son regard formidable et ses yeux d'un vert qui lui avait provoqué une émotion comme il n'avait pas ressenti depuis longtemps, lui nouant le ventre et la gorge.

Jean-Pierre Blaireau devait absolument assurer sur ce coup-là. La dernière fois, c'est à dire il y a deux ans au même endroit, il avait abordé une jolie brune asiatique et la situation l'avait ému, tellement ému. L'émotion, il s'en rappelle amèrement, lui avait provoqué une sensation douloureuse dans son ventre. À cet instant crucial, il ne pouvait malgré toute sa volonté de s'empêcher d'évacuer un silencieux pet fétide.

La brune avait émis un cri de stupeur dès que l'immonde odeur d'excrément soufré vint dans ses jolies narines. L'odeur envahissait toute la salle et Jean-Pierre avait rougi comme un collégien pris en flagrant délit d'une mauvaise bêtise par le proviseur qui l'effrayait à l'époque quand il était en 6ème. Jean-Pierre s'était fait alors oublier durant plusieurs mois. Il en déprimait d'avoir lâché une de ces caisses qui avait gâché une belle opportunité. Sa mère n'arrêtait pas de le relancer dans l'espérance qu'elle devienne un jour grand-mère, ce qui énervait encore plus son grand fils qui aimait péter dans la cuisine à en faire fuir le chat et crever les hamsters.

Il ne venait à nouveau au bar que depuis deux mois. Il passait comme d'habitude ces samedis après-midi à boire des pintes en regardant des clips pour passer le temps. C'était souvent du rock calibré, lissé, la bande son du samedi après-midi bien long qui enclavait Jean-Pierre psychologiquement dans son ennui : Coldplay, Hoobastank, The Darkness, Keane, c'était toujours pareil. Parfois, la chaîne passait un bon titre de Placebo, pas un de ceux qui sortaient du dernier album comme "Song To Say Goodbye". Une fois ou deux, il fallait supporter "Mourir Demain", un titre chanté en duo par Pascal Obispo et Natacha Saint-Pier. La chanson de Keane le rendait amoureux et à la fois triste de difficilement contenir son désir tant qu'il ne recroiserait pas la femme aux yeux verts.

L'autre jour, le weekend d'avant, il avait reconnu un ancien camarade de lycée. Enfin, camarade, c'est un peu trop beau ! Le type était, pour lui, le pire des connards qu'il a pu rencontrer, un fils de pute qui lui avait pourri la vie le long de ses cinq années scolaires où il dû une fois redoubler une classe. Jean-Pierre se faisait des films vengeurs. Il s'imaginait souvent casser la gueule à ce con, de réduire ses couilles et sa tête en bouilli à coups de masse. Ha ha ha ha ha ! C'est trop violent se disait-il pour se ressaisir. Pense à quelque chose de positif se convainquait-il. Le Capitaine Flam était son héros modèle positif, à l'inverse de Ken Le Survivant qu'il considérait comme un antagoniste même s'il rêvait de faire des truc gore aux personnes qui ne le respectaient pas.

Il commanda un autre verre de Kilkenny. Il n'aimait plus la Guinness depuis qu'il s'était murgé avec des potes perdus de vue depuis des années désormais. Il se rappela cette soirée minable dans un transformateur électrique désaffecté près du camp militaire dans son village lointain. Ce soir-là, il crut qu'il allait vomir foie et estomac avec des relents de bière et de saucisson à l'ail, pendant qu'une vieille cassette des Doors tournait dans l'autoradio d'une Renault 5, le volume à fond. La douleur était telle qu'il implora sa mère avant de remarquer un OVNI passer dans le ciel étoilé. Il manqua de trébucher sur un couple en train de se rouler des pelles mais ne put retenir le contenu gastrique qui arrosa la chevelure du type dont il ne se rappelait plus le nom. Il était à moitié turc et à moitié italien se souvint-il, arrivé en France tout bébé avec sa famille qui avait fuit le régime du Colonel Kadhafi après un long séjour en Libye, à Tripoli.

Une heure passa et puis deux. Il y avait toujours autant de clips et de chansons pénibles qui passaient en rotation sur la même chaîne musicale. Jean-Pierre aurait aimé que le patron soit sur les lieux pour remettre le CD des Deftones qu'il aimait bien. La serveuse faisait la vaisselle. Elle était très jeune et très svelte. Elle avait une tête à manger des yaourts. Une envie de pisser surprit Jean-Pierre dans ses rêveries. Il alla se soulager dans les toilettes où se diffusait un parfum de violette chimique.
Puis il revint s'accouder au comptoir. Il se dit que si rien ne se passe ici-même dans la journée, il cafarderait tout le dimanche en regardant les émissions à la télévision ou en lisant les livres de Michel Houellebecq. Le ciel au-dehors devint gris. Un titre des White Stripes le sortit de sa déprime passagère. Il observa quelques clients installés aux tables tout autour. Des amis, des couples. La culpabilité de se sentir seul l'envahit ...

Une voix disant bonjour et des pas le sortirent de sa détresse silencieuse. Jean-Pierre tourna la tête sur la gauche. C'était la femme aux yeux verts. Son cœur se mit d'un coup à frapper plus fort dans son thorax. Il trouvait cette femme vraiment très belle. Il avait été très prudent en ne mangeant pas de chili con carne ou de cassoulet la veille au soir ou à midi récemment. Il avait bien fait de prendre cette précaution.
Jean-Pierre se décida. Il finit son verre de Kilkenny, prit ses couilles au cœur et alla vers la femme aux yeux verts qui l'accueillit avec un grand sourire. Oui, c'est elle, je le sens pensa-t-il :
" Bonjour !
- Bonjour, répondit-elle d'un sourire plus irradiant de bonheur.
- Je m'appelle Jean-Pierre !
- Moi c'est Stéphanie, enchantée !
- Enchanté aussi de faire votre connaissance Stéphanie.
- Vous venez souvent ici ?
- Oui, tous les samedis après-midi !
- Ah ? Moi, c'est de temps en temps !
- D'accord ! Je vous avais vu il y a deux semaines. Votre regard a transpercé ma carapace de désespoir !
- Ah bon ? Vous n'étiez pas bien dans votre peau ? C'était l'impression que vous me donniez.
- Oui, mais maintenant, dit Jean-Pierre tout heureux, ça va mieux depuis que j'ai vaincu ma timidité !
- Oh, je suis impressionnée, répondit Stéphanie joyeusement épatée ! Voulez-vous que nous sortions ensemble ?
- Non, pas vraiment. Vous pouvez me passer le journal à côté de vous ?"


Posté le 08 novembre 2020 à 12 h 34m 17s

Dimanche de merde

Jean-Pierre Blaireau se réveilla, mal luné. Que lui avait-t-il pris hier après-midi ? Coller un beau râteau à cette belle femme ! Il n'en revenait toujours pas. C'était la faute à cette ville qui lui injectait son ambiance nécrosée au moral. Voilà un beau dimanche de merde à regarder une énième fois "Aliens", "Fight Club" ou encore il ne savait quels autres DVD vus et revus. Il tournait en rond dans son salon, comme un lion en cage. Il rêvait de faire une goulash pour midi mais l'inspiration avait disparu au petit matin. Il passa une heure aux toilettes, si bien qu'en se levant, il eu du mal à marcher à cause des fourmis qu'il avait dans les jambes. "Il ne manque plus que les termites en plus avec ma gueule de bois matinale", se dit-il.

Il fallait qu'il sorte. Il devait absolument s'oxygéner, loin de cette ville qu'il détestait. Prendre la voiture et aller faire le tour du lac, se promener en forêt, oublier sa connerie, distraire ses sentiments trahis. Il fallait qu'il évite de devenir fou. Mais était-il aussi con qu'il se le disait ? N'avait-t-il pas l'équivalent d'un voyant rouge dans son cerveau qui s'allumait au contact de cette femme, Stéphanie, malgré tout ? Ce genre de femme qui attire inexplicablement mais qui fait crier prudence en soi, alerte sur quelque chose qui cloche mais sans savoir quoi. Jean-Pierre savait déjà qu'elle avait une fille qu'elle devait emmener voir les chanteurs de la Star Academy en spectacle. Oui, il se souvint tout d'un coup de la conversation d'il y a deux semaines et du regard qu'elle avait lancé vers lui.

Il convainquit lui-même qu'après tout, la vie de cette femme ne le regardait pas et qu'elle pouvait aller se faire foutre avec ses amis qui l'entouraient au comptoir. À y repenser, cela lui évoqua un beau tableau digne d'une de ces séries fabriquées chez AB Productions à la vue de la scène. Il eut un rictus de dégoût doublé de cynisme. En même temps, il soupçonna des forces invisibles jouer avec son âme, rendant la vie comme la pire des cruelles salopes et de ricaner en douce en aillant carbonisé l'esprit dans un désespoir sans retour. Des forces invisibles et tortionnaires. Des anges peut-être? Ou des démons subtils? Des anges mauvais pour sûr.

Il sortit de son appartement donnant sur le hall de l'immeuble. Il croisa Madame Pilasse, la doyenne locale qui l'intercepta pour discuter et de lui dire encore : "Je suis la première locataire vous savez !
- Oui je le sais, vous me l'avez déjà dit, lui répondit-il avec un agacement mal dissimulé;
La solitude et alzheimer, c'est triste avec la vieillesse finit-t-il par se dire en sortant de l'immeuble en levant les yeux au ciel, avant de rejoindre sa voiture.

Il prit la route. Une fois sorti de la ville, cette petite ville de province qu'il méprisait, il alluma l'autoradio sur la station RTL et sur l'émission Stop ou Encore. Comme si le mauvais sort le poursuivait, une chanson de Paul Personne commença, se révélant être "Sam'di Soir Sacré". Écoutant les paroles qui appuyèrent là ou ça fit mal sur l'instant, il réussit néanmoins à contenir l'équivalent d'une explosion psycho-nucléaire dans sa tête, ce qui fit malgré tout augmenter sa tension artérielle. Stop, pensa-t-il. STOP ! hurla-t-il en lui.
Jean-Pierre n'eut nulle autre solution que de lâcher un pet bruyant au volant de sa Citroën AX pour décompresser. L'odeur malodorante sentit autant que s'il avait vessé un lendemain de dégustation à la foire aux haricots de Soissons et envahit tout l'habitacle en une odeur abominable. À l'entrée du premier village, il vit un gendarme lui faire signe de se ranger sur le bord de la route, accompagné de deux autres qui attendaient à côté d'une estafette bleue.

"Et meeerde, râla-t-il!"

---[Edité le 08/11/2020 à 13 h 01 par Pascha]---

Posté le 08 novembre 2020 à 13 h 19m 21s

Merci Pascha de nous faire partager cette nouvelle qui sent le terroir .
ça se lit bien en tous cas et la sauce suspens commence à bien monter.

Vivement la suite


Posté le 08 novembre 2020 à 15 h 10m 58s

Ha ben je me disais bien qu'il y avait une suite !


Posté le 08 novembre 2020 à 16 h 05m 20s

Chouette, encore un feuilleton !
Je m'y colle ce soir


Posté le 08 novembre 2020 à 19 h 19m 47s

Dimanche de merde, IIème partie

"Bonjour Monsieur, salua poliment le jeune gendarme, un brigadier à voir les deux chevrons sur les épaulettes. Ceci est un contrôle de gendarmerie ..." Tout en se penchant vers la vitre de la portière que Jean-Pierre venait d'abaisser, le jeune brigadier recula brutalement la tête quand les effluves nauséabonds vinrent lui cogner les parois nasales. Il en perdit son képi qui tomba sur la route. "Houla, Monsieur ! Vous avez mangé quoi ? C'est pas possible de sentir ainsi. Vous êtes malade ou quoi ?". Il était choqué, Jean-Pierre Blaireau le vit bien sur son visage. Il se retint mal de rire. Il se rappela d'une situation presque similaire, il y a plusieurs années en allant aux Eurockéennes de Belfort avec un pote, lorsqu'un contrôle de douane les avait arrêtés pour vérifier si il n'y avait pas du transport de produits stupéfiants. Jean-Pierre avait largué une flatulence pestilentielle aussi puissante que celle que le gendarme malaisé venait d'inspirer. Il se rappela bien du chien qui n'avait pas pu pénétrer dans la voiture et avait fui le dos voûté vers son maître en gémissant, les oreilles rabaissées et la queue rentrée entre ses pattes arrières. Les douaniers les avaient retenus durant deux bonnes heures. Cédric, le pote de Jean-Pierre rougissait de honte sans pour autant se retenir de pisser de rire, tout ça avant qu'ils puissent tous les deux reprendre la route vers le festival belfortain.

C'est pas possible, pensa-t-il en ricanant. Je devrais raconter ces histoires à un éditeur ou bien en parler au rédacteur en chef de Fluide Glacial. C'est pas possible.

Les deux collègues du jeune brigadier de gendarmerie au bord du malaise vinrent voir ce qui n'allait pas. "Bonjour Monsieur, salua à son tour un adjudant qui montra un air intransigeant qui semblait habituel chez lui, ses yeux devinés sévères couverts par des lunettes de soleil et son nez souligné par une moustache imposante. Qu'est-ce que vous avez fait au jeune, là ?
- Bah, Mon Adjudant, je peux vous expliquer mais évitez de vous pencher à ma portière si vous tenez à la vie !
- Attention à ce que vous dites, Monsieur, ça peut chercher loin si vous voulez faire le malin !
- Calmez-vous, je ne menace personne. C'est juste que ..." Jean-Pierre brassa l'air vicié de l'habitacle de plusieurs mouvement de la main droite.
L'adjudant de gendarmerie comprit tout de suite. Le troisième gendarme regarda la scène, complètement médusé et vint dire à Jean-Pierre, qui reposa ses deux mains sur le volant, de circuler tout en relevant son numéro de plaque d'immatriculation : "Allez, allez ! Partez mais sachez que nous n'en resterons pas là ! Bonne journée Monsieur, dit le troisième gendarme qui avait un accent du midi."

Jean-Pierre traversa le premier village, content de la situation récente mais inquiet de recroiser les gendarmes à un autre moment. Il arriva vers le deuxième village qu'il traversa aussi, plus proche du lac, à une douzaine de kilomètres plus loin. Arrivé au lac, il profita tant bien que mal des lieux qui sont bondés en été, par des vacanciers, des baigneurs, des enfants rendus obèses par trop de glaces et de frites ingérées parce que leurs parents irresponsables les laissaient faire ce qu'ils voulaient souvent.
Ses sentiments étaient encore confus dans sa tête, comme s'il sentait toujours le coup de poignard qu'il s'était mis dans le coeur, la veille. "Oublie ça, oublie-la" marmonna-t-il une fois de plus. Il croisa quelques cyclistes près de la digue. Il vit quelques cygnes, un couple de grèbes et des foulques dans une baie tranquille où la bordure était coiffée d'une végétation rassurante pour les oiseaux. Des mouettes rieuses et opportunistes criaient au loin, du côté opposé du lac où était construit un port de plaisance.

Le soir arriva. Jean-Pierre se rendit compte qu'il était affamé. Il finit par rejoindre sa Citroën AX blanche garée sur le parking. Il mit le contact et ralluma RTL qui lui avait sapé le moral le matin avant l'épisode olfactivement incroyable avec les gendarmes. Et joyeusement salutaire pensa-t-il aussi. Les pauvres ! Sur le retour, à trois kilomètres du deuxième village, il écouta les dernières minutes des Grosses Têtes. Il regrettait que Jean Yanne n'en fasse plus partie, du fait de son décès. Olivier De Kersauzon était absent aussi de l'émission. Dommage. Il adorait sa façon de parler et de charrier les autres invités. Dans le deuxième village, près de l'église, il remarqua que l'enseigne du café de la place d'en face était allumée. Il se gara dans un petit parking à côté, qui donnait vue sur la mairie de laquelle de la lumière s'échappait d'une paire de fenêtres au premier étage. "Sûrement une réunion?". Les grilles, peintes d'une vieille couleur claire étaient tachetées de rouille, comme une multitude de taches de rousseur assez moches.

Il entra dans le café. Deux jeunes faisaient une partie de babyfoot. Un jeu de fléchettes électronique dormait dans un coin de la salle, éteint, près de la porte accédant aux toilettes. Le patron émit un bonsoir en réponse à Jean-Pierre : "Vous faites encore à manger ce soir ? demanda ce dernier.
- Non, on ne sert les repas qu'à midi le dimanche, répondit le patron. Un grognement émergea de derrière le comptoir. Tais-toi Slurp ! invectiva le patron au cane corso qui fixait Jean-Pierre. Le chien, allongé sur une couverture au sol, laissait quelques fils de bave dégouliner de ses lèvres noires et pendantes. Je vous sers quoi ?
- Je prendrais bien une bière en pression.
- D'accord. Mais pour information, nous fermerons dans un quart d'heure."

Il n'était même pas 18h15

Jean-Pierre se demanda lequel entre le chien et le patron dégageait plus de chaleur. mais après tout, il ne les connaissait pas pour se permettre un jugement. En réponse au patron il rétorqua : "Pas de problème, le temps de boire ma bière".
Un son de gamelle métallique claqua derrière lui. L'un des deux jeunes au babyfoot venait de marquer un puissant but contre le joueur adverse. Huit à zéro pour les rouges. Ça sentait Fanny au bar pour les bleus. Les deux jeunes ne semblaient pas vouloir partir de sitôt malgré la fermeture proche des portes. Pour Jean-Pierre, se devait être des habitués qui devaient profiter souvent du lieu une fois les volets fermés du café de la place.

En revenant dans la ville, il se mit à pleuvoir. Jean-Pierre Blaireau rentra dans l'immeuble, espérant ne pas recroiser Madame Pilasse, la vieille qui débloquait et qui habitait à l'étage au-dessus. Il entra dans son appartement du rez-de-chaussée, enleva son manteau et ses chaussures un peu salies par la terre. Il se regarda dans le miroir de la salle de bain qui sentait l'humidité et le savon usagé. Il avait tout de même pris des couleurs. L'air du lac lui avait fait du bien. Il retourna dans le salon et ouvrit le meuble qui servait de bar. Qu'allait-t-il boire ? Il observa la bouteille de whiskey, du Paddy, puis expulsa l'idée de se servir un verre d'alcool.

Il regarda dans sa CDthèque pour écouter quelque chose : <i>Boire</i> de Miossec ? Non, pas ce soir, je n'ai pas envie d'être miné pour la nuit. <i>Mon Cerveau Dans Ma Bouche</i> de Programme ? Alors là, sûrement pas ! <i>Broken</i> ou<i>The Downward Spiral</i> de Nine Inch Niles ? Bordel, mais t'as pas plus gai ? <i>Samedi Soir Sur La Terre</i> de Francis Cabrel ? Ah oui tiens ... NON, NON ! Pas celui-là non plus !

Jean-Pierre chercha encore parmi les cinq cents CD qu'il détenait. Son doigt chercheur s'arrêta sur <i>Rêve Sidéral D'Un Naïf Idéal</i> de Paul Personne. Il ouvrit le boîtier, extirpa le disque compact et le mit dans le lecteur de sa chaîne hi-fi. Il écouta tout l'album avant d'aller se coucher, de dormir en ayant moins le blues. "Demain, le boulot", soupira-t-il en espérant que ça irait mieux dans la semaine à venir. C'est ce qu'il croyait. "Weekend de merde !"

---[Edité le 08/11/2020 à 19 h 23 par Pascha]---

Posté le 08 novembre 2020 à 19 h 27m 01s

Il faut toujours que les mecs d'ici fassent les blasés de la vie. Dans son histoire d'amour de merde, il faut absolument que ça parle de flatulences et de vomi. C'est une façon de faire genre "je suis un dur moi" ?


Posté le 08 novembre 2020 à 22 h 09m 43s

Cinq jours plus tard,

C'était le vendredi soir, la fin d'une semaine qui fut longue à venir. Jean-Pierre Blaireau rentra du travail. Il était 21 heures. Il n'allait pas bien. La folie le guettait. Il se sentait mal comme jamais à cause de ses psychoses sentimentales et un manque inquiétant de sommeil. Deux collègues l'avaient méchamment moqué ces derniers jours dans son dos quand il s'en était aperçu. Un autre collègue avec qui il travaillait en équipe, le lundi après-midi, l'avait cordialement accueilli en plaisantant à la pause café : "Tiens, j'étais avec mon père à la chasse hier et on a tué un de tes membres de ta famille." Ça l'avait fait rire, mais plus jaune que d'habitude. Et puis merde, les blaireaux devraient être protégés contre ces chasseurs du dimanche aussi puants que n'importe quel mustélidé dont ils se servaient certainement pour fureter les terriers de lapin.

Depuis le début de la semaine, il n'arrivait à dormir qu'à peine une heure par nuit. Il avait une mine à faire peur, si bien que la secrétaire du pôle formation dans l'entreprise en eut des frayeurs le jeudi soir en faisant ses courses au Cora. La secrétaire n'aimait pas Jean-Pierre. Elle le trouvait beauf et dégoûtant. Réciproquement, Jean-Pierre Blaireau la trouvait particulièrement snobe et prétentieuse.

Le matin de ce vendredi qui s'en allait déjà, il fut convoqué au bureau du directeur adjoint pour s'être battu avec les deux collègues qui s'étaient foutus de lui. À raison ou à tort. Les deux trublions complices connaissaient quelques habitués au pub où il allait tous les samedis. Des choses furent racontées à son encontre. L'un des deux collègues finit aux urgences avec un nez cassé. L'autre avec une douleur à un genou mais sans gravité. Lui, Jean-Pierre, s'était foulé le poignet. Les autres travailleurs intervinrent à ce moment-là pour les séparer avant que la situation s'aggrave.

Il était rentré chez lui, essayait de se calmer. Il n'était plus question d'affronter des éventuels regards hostiles ou autres au pub. Il n'était plus question qu'il y retourne. Il regarda le meuble qui servait de bar. Il regarda l'étagère avec ses CD rangés par ordre alphabétique. D'un moment de rage, il envoya tout valdinguer dans un capharnaüm tel que cela ébranla la moitié de l'immeuble. Mais personne ne sembla réagir. Un silence mortuaire envahit tout le bâtiment. Puis on sonna à la porte. "C'est peut-être le concierge" se dit-il.

Son pouls avait un rythme trop rapide. Il marcha cependant vers la porte, retenant un relent acide qui persistait à brûler sa gorge. Il appuya sur la poignée. Il ouvrit la porte. Une femme, grande et blonde, les cheveux longs et deux yeux étranges, se postait devant lui. Elle était bizarrement vêtue pour l'époque. C'était comme un uniforme mais il n'en était pas sûr. Il aurait dit qu'elle était habillée d'un cuir étrange. Un cuir noir. Qui devint blanc puis lumière. À peine Jean-Pierre eut le temps de s'étonner, la femme leva une de ses mains vers lui où une lumière brillait dans la paume. La main lui toucha le front et Jean-Pierre Blaireau s'évanouit.

---[Edité le 09/11/2020 à 05 h 50 par Pascha]---

Posté le 13 novembre 2020 à 18 h 52m 02s

Samedi matin et ensuite ...

Il se réveilla. Il se sentait en forme, étrangement. Durant les cinq minutes suivant son éveil, il se rappelait avoir beaucoup rêver. Mais quelques bribes de rêve constellaient son souvenir, devenant de plus en plus imprécises : des choses mouvementées, une chute vertigineuse dans des nuages dangereux. Des détails qui devinrent de plus en plus lointains au fil des secondes qui s'écoulèrent. Il regarda du côté de la fenêtre de sa chambre orientée à l'est. La vive lueur du jour passait par les interstices des volets comme si le soleil réclamait le dormeur qui venaient de s'éveiller, comme si l'astre de feu l'incitait jovialement à se lever illico : "Arrête de perdre ton temps ! Allez, GO !". Il se sentait bien. Oui, Jean-Pierre Blaireau se sentait dans une grande forme après ce qui semblait avoir été un très long voyage dans les rêves. Il ouvrit les volet dans une humeur motivante.

C'était le samedi matin. Il se leva, marchant d'un pas déterminé, traversa le salon, entra dans la cuisine en se dirigeant vers la cafetière. Il but deux bons cafés, se fit cuire trois oeufs sur le plat. Il posa la tasse et l'assiette avec des restants de jaune d'oeuf saucés avec son doigt dans l'évier. Il fila vers la salle de bain et prit une douche qui le lava de sa crasse et des dernières images d'un rêve dont le souvenir dû partir s'exiler dans les confins de sa mémoire, aussi loin que les confins de la galaxie voire même sans doute de l'univers.

Qu'allait-t-il faire aujourd'hui ? Passer son après-midi au pub de la ville ? Cette idée lui parut saugrenue. Oui, il se rappela avoir vu cette femme aux yeux verts il y a quinze jours et qui l'avait troublé du regard. Encore hier, il était entre espérance et mélancolie de la revoir. Mais ce lendemain, en cette matinée hivernale mais très ensoleillée, il n'avait plus envie de continuer cette habitude d'attendre au comptoir d'un bar à siffler quelques pintes ennuyeusement avec des musiques barbantes diffusées sur une chaîne télévisée. Quelque chose le titillait dans son subconscient mais sans savoir exactement quoi sinon une impression de déjà vu à la vue par la fenêtre de la cuisine qui donnait sur la balcon et le gros sapin du voisin d'en face, près du canal..

Il s'habilla puis décida de prendre la voiture et de s'éloigner de la ville en allant vers le lac. Il traversa les deux villages et arriva au lac une douzaine de kilomètres au sud de la ville. Il gara son AX blanche sur un parking. Il voyait en arrivant quelques personnes sortir leurs vélos du coffre d'une Peugeot 504 Break une dizaine de places plus loin sur sa droite. Il marcha plusieurs kilomètres dans la forêt qui entourait le lac, chaussé de bonnes chaussures de randonnée. Il faisait beau mais bien froid. C'était vivifiant de respirer l'air glacé du haut d'un bon manteau qui tenait chaud. Il vit l'accès à la digue qui permettait d'aller de l'autre côté du lac au moyen d'une allée faite pour les promeneurs à pied ou à vélo. Il n'avait pas encore neigé mais la météo prévoyait de la neige dans les prochains jours. Un couple de cygnes flottait à proximité de la digue, occupé à becter en cherchant de la végétation au fond de l'eau, plongeant les longs cous blancs en exhibant les croupions émergés au soleil.

Jean-Pierre arriva de l'autre côté du lac et visita le port touristique presque désert à deux ou trois personnes près. Un couple de personne âgées se dirigeait vers le kiosque fermé qui servait de buvette et de snack pendant la belle saison. Un adolescent roulait en VTT en direction d'une parcelle de la forêt. À la sortit du village portuaire, il se dirigea vers le vieux village où il savait qu'il y avait un auberge-restaurant sur une place. Il était déjà midi passé. Il avait faim et se sentait en appétit de manger quelque chose de bon, tout en croisant les doigts dans les poches du manteau en espérant que se soit ouvert.

L'auberge restaurant était typique de la région et présentait une jolie façade à colombage. Jean-Pierre se mit à sourire à la vue du panneau OUVERT sur la vitre de la porte d'entrée. Au printemps et en été, l'endroit était joliment fleuri. D'ailleurs, tout le village s'appliquait à la décoration florale de la commune qui n'avait pas volé ses deux fleurs sur ses pancartes d'où que l'on pouvait venir depuis les alentours. Il poussa la porte dont l'ouverture fit tinter une clochette.

"Bonjour ! lança-t-il à l'aubergiste, ou, du moins l'une des serveuses qui l'accueillit avec un grand sourire.
- Bonjour, lui répondit-elle ! C'est pour manger ?
- Oui, s'il vous reste éventuellement de la place !
- Oui, il n'y a pas de soucis. Il y a de place dans la salle à côté. Vous mangez seul ?
- Oui, réservez-moi une petite table. Mais j'aimerais boire un petit apéritif au bar !
- Comme vous voulez ! On va vous préparer la table. "

La serveuse lança un regard pétillant à Jean-Pierre. Ce dernier sentit que quelque chose passa entre eux car il lui envoya un sourire sans se forcer, avec un grand naturel.

C'est ainsi que Jean-Pierre et Alexandra - de père gabonais et de mère française - firent connaissance. Alexandra habitait le village même. Son père avait fait la légion mais était sympathique, bien loin de la caricature de l'ancien militaire où il fallait toujours filer droit et se tenir à carreau. Sa mère travaillait à l'hôpital de la ville où Jean-Pierre résidait. Une bien belle femme, comme sa fille. Les deux parents étaient mariés après la carrière militaire du père qui avait duré vingt années. Deux ans plus tard naissait Alexandra, soeur aînée de trois frères : Isidore, Jean-Roger et Pascal.

Jean-Pierre Blaireau démissionna de son travail d'atelier pour une profession se consacrant à l'environnement, à la grande joie de ses parents, de ses beaux-parents et sa future épouse en l'annonçant lors d'un dîner. Il avait assez mis de côté financièrement, malgré une jeunesse passablement chaotique, en plus des honnêtes petits à côté familiaux qui lui firent du bien.

L'été suivant, deux mois après le mariage, Alexandra donna naissance à une petite Mélissa prématurément et en bonne santé par un matin du mois d'août, huit mois après qu'Alexandra et Jean-Pierre s'enlacèrent pour la première fois, tous deux très amoureux. "Une petite lionne, elle va rayonner !" dit Jean-Pierre dans la chambre de la maternité de la ville.

Les années passèrent. Mélissa eut une soeur, Madriana, ainsi qu'un petit frère, Victor. Les présidents de la République se succédèrent : pas un seul pour rattraper les conneries des autres, commentait souvent le paternel. Les enfants grandirent. Mélissa, devenue une brillante étudiante en microbiologie et en étymologie, aimait aller à des concerts avec ses amis. Elle fit un soir écouter IDLES et Fontaines D.C. à son père, ce qui le changea de "Rien Qu'un Ciel" de Il Était Une Fois à la radio qui lui rappelait son insouciante enfance dans les années 1970. Jean-Pierre fit découvrir Les Thugs, Les VRP qui firent rire et Chokebore à sa fille aînée. Le petit frère était toute ouïe également, piochant en même temps dans les cartons de vieux CD qu'avait descendus son papa du grenier. Ils écoutèrent aussi du Noir Désir ou encore Indochine, quelques The Cure, et aussi Jeff Buckley où Mélissa écouta attentivement la version d'"Hallelujah" avant de passer à du Francis Cabrel. Madriana, peu intéressée par la culture musicale de son père, aida sa maman à faire la cuisine.

À l'été des quinze ans de Mélissa, un soir, toute la famille se promena au bord du lac. Jean-Pierre tenait tendrement Alexandra par la taille pendant que les enfants s'amusaient à zigzaguer en vélo sur la piste périphérique du lac, vers l'ouest. Au-dessus de l'horizon rougeoyant d'un soleil qui avait fondu sous sa ligne, Jean-Pierre remarqua l'étoile du berger qui brillait, scintillait comme un clin d'oeil bienveillant sur le monde. Comme un signal. Il se rappela soudain d'un rêve qu'il fit une nuit, il y a longtemps, avant de rencontrer sa future épouse le lendemain. Tout lui revint comme une bourrasque claire.

---[Edité le 13/11/2020 à 20 h 15 par Pascha]---

Posté le 22 novembre 2020 à 10 h 21m 04s

Merci de nous avaoir fait profiter de cette tranche de vie. Et heureux pour toi qu'elle se soit aussi joliment terminée, notamment avec cette belle continuité musicale

Bonne écriture aussi, fluide, imagée ( voir odorante ), vivante et qui se lit bien , en tous cas


Posté le 22 novembre 2020 à 10 h 33m 44s

Merci.

Bon, l'histoire, pas vraiment autobiographique ("...Et heureux pour toi..."), n'est pas finie mais je cale.

PS : erreur : La fille aînée fait des études d'entomologie et non d'étymologie

---[Edité le 22/11/2020 à 10 h 38 par Pascha]---

Posté le 22 novembre 2020 à 11 h 27m 23s

"Bon, l'histoire, pas vraiment autobiographique ("...Et heureux pour toi..."), n'est pas finie mais je cale. "

ah, on aurait pu croire à un mix !

Alors pas terminé ? : C'est vrai qu'il y avait un hic avec cet épisode de la femme "en blanc" et l'évanouissement dont on ignore tenant et aboutissants .
Après, une histoire qui finissait aussi bien, toujours bon à prendre par les temps qui courent...

Alors je constate que tu ne connais pas la suite de ton histoire ...

je me suis déjà risqué à l'écriture et se posait d'entrée une question : comment procèdent les romanciers (ou "novelilstes" ) :
Ont-ils en tête un déroulé intégral de l'histoire avant écriture ( début et fin au moins) ? Ou alors l'histoire se révèle-t-elle à eux au fur et à mesure de l'écriture ?

Me concernant, j'avais trouvé plus intéressant de chercher à écrire sans connaître le déroulé de l'histoire , soit se positionner à la fois écrivain et lecteur, ne serait-ce que pour se surprendre.

Mais il faut vraiment avoir l'inspiration et l'imagination et pas si évident.

J'aime bien le ton à la fois spontané et bien écrit de ton récit en tous cas .

Concernant l'épisode du pet, c'est sûr que ça casse un peu la dimension romantique et que ce n'est pas très vendeur mais bon, on est sur un site Indie !


Posté le 22 novembre 2020 à 11 h 54m 27s

J'avoue, les flatulences, ce n'est pas très glamour dans une romance.

Alors oui, il y a du mix mais avec des choses tout de même fictionnelles .

Je sais où ça va aller dans l'histoire mais je manque d'éléments. Sans compter que j'ai pas mal de choses à faire à côté !

Comment procède les romanciers ? C'est marrant, mais j'ai regardé un reportage sur Stephen King il n'y a pas longtemps. L'écrivain s'inspire souvent de petits évènements dans sa vie qui servent d'amorces à une histoire, comme de comment il s'est mis à écrire "Shining". Ou bien "Simetierre" dont il craignait des retours défavorables.

Certains ont déjà l'aboutissant d'une histoire et en développent les causes.

Il y a plusieurs façons.

---[Edité le 22/11/2020 à 11 h 55 par Pascha]---



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