Discussions et DérapagesPosté le 18 mars 2013 à 11 h 51m 13s |
Paul tire. L'importante détonation couvre la dernière syllabe prononcée par l'homme. La balle entre dans sa boite crânienne juste au-dessus de l'oreille, la traverse, ressort de l'autre côté en éclatant l'os temporal, laisse un trou sanglant et encombré d'environ six centimètres de diamètre, poursuit sa course, traverse la moquette et se perd dans le sol. Une importante quantité de sang noir et de matière constituée de fragments osseux, de cerveau et de peau est dispersée en cône autour du point de sortie sur une distance de presque cinquante centimètres. L'homme demeure un instant immobile puis tombe sur le côté. Tous ses muscles ont cessé de fonctionner. Sa vessie et ses sphincters se relâchent au même instant et libèrent une faible quantité de déchets. Une odeur mêlée de merde, de sang et de poudre se répand dans la pièce.
Paul ôte sa cagoule.
– Putain, ça commençait à me gratter, cette saloperie.
– Ouais, moi aussi.
Jean-Louis ôte la sienne et regarde le mort. Du sang coule lentement de la blessure de sortie, recouvre l'oreille et la joue et s'accumule sur le sol.
– Bon, allez, on n'a pas encore terminé, dit-il. Retourne ce con, j'installe la caméra.
Paul allonge le cadavre sur le dos en prenant soin de ne pas marcher à l'endroit où la tête reposait et où la moquette est devenue spongieuse. Avec un coin de la couette il essuie en partie le sang sur le visage. Pendant ce temps Jean-Louis pose le sac Eastpack au sol et en sort une caméra numérique et un exemplaire de Libération daté du 19 novembre 2006. Il tend le journal à son complice.
– Tiens.
Paul place le journal sur la poitrine du mort. Il déplace les mains pour faire en sorte qu'elles agrippent l'objet comme si le cadavre lui-même tenait le journal, à la manière des otages qu'on voit dans les demandes de rançon. En le voyant faire Jean-Louis rigole bêtement. Ensuite Paul s'éloigne du cadavre et vient se placer derrière l'autre tueur.
Jean-Louis filme pendant une trentaine de secondes puis coupe la caméra.
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Posté le 22 mars 2013 à 12 h 01m 21s |
Un autre extrait de mon roman Sexe Connexion :
Je suis dans un état bizarre, à la fois soulagée et très, très mal. Je n'ai qu'une seule envie, m'allonger et dormir, me laisser tomber, là, me tirer le bang le plus fort que je puisse et me laisser couler, rien d'autre. Quand je passe sur un pont, en arrivant à Béziers, il fait nuit et le vent s'est levé. J'entends l'eau en bas, je ne sais pas pourquoi, mais ça couvre les bruits de la circulation alors qu'il y a beaucoup de circulation. Moi je n'entends que ça, le bruit de l'eau en bas, l'eau noire et les berges éclairées par les lampadaires, et je me sens triste. Je me sens triste comme jamais je l'ai été. Je m'assieds contre le garde-fou en pierre et je pleure. Je ne peux rien faire d'autre. Je pense à me jeter dans l'eau, mais c'est juste une pensée qui me vient comme ça, je n'en ai pas réellement envie, c'est juste une pensée pour me remonter le moral, pour faire diversion. Je pleure, je n'en peux plus, je suis épuisée. J'écoute le bruit du vent et le bruit de l'eau, et, en ce moment précis, c'est la chose la plus triste et la plus lourde du monde. Le bruit du vent et le bruit de l'eau me pèsent sur tout le corps. Les gens passent et ne font pas attention à moi. J'ai mal partout, comme si j'avais de la fièvre ou des coups de soleil, j'ai mal à la peau, partout sur mon corps. Ça ne me fait aucun bien. Ça ne me libère de rien, ne dénoue rien, ne résout rien. Je me vide de mes larmes et ça ne me nettoie rien. Je vois les jambes des gens passer, les phares des voitures, rien d'autre. Personne ne s'arrête, personne ne me parle. Ça dure comme ça dix minutes, un quart d'heure, et puis ça passe. Je me sens bizarre, comme si je revenais à moi après un évanouissement. Je suis engourdie. J'ai froid. Je me relève. Je regarde encore un petit moment l'eau couler, noire en bas, et je m'éloigne du pont.
Et ce soir j'en lirai des extraits, sans doute pour la dernière fois et accompagné par Jessica 93 à la musique, à la galerie Le Mat à Montpellier, pour fêter à la fois la sortie du numéro 4 de l'Angoisse et la fin de l'expo des quinze ans de konsstrukt
L'événement Facebook avec tous les détails : https://www.facebook.com/events/427053867382953/
L'angoisse : http://www.revueangoisse.blogspot.fr/
Sexe Connexion : http://www.amazon.fr/Sexe-Connexion-ebook/dp/B00AO ... amp;sr=1-1
Posté le 22 mars 2013 à 19 h 04m 30s |
Ça doit être sympa ces soirées ! c'est ambiance petit four et mousseux ?
Posté le 23 mars 2013 à 01 h 40m 59s |
Elles sont limites les 2 premières phrases.
Associées aux 2 dernières ça devient carrément craignos.
Posté le 23 mars 2013 à 04 h 26m 32s |
?
Posté le 23 mars 2013 à 20 h 08m 30s |
Arno : c'est plus ambiance bière et chips, en général.
ourkid : craignos, tu veux dire, pour la narratrice ?
Posté le 23 mars 2013 à 20 h 34m 41s |
Bande de nazes
"Paul tire. L'importante détonation couvre la dernière syllabe prononcée par l'homme. Jean-Louis filme pendant une trentaine de secondes puis coupe la caméra."
Allusion sexuelle évidente
(fin' je le vois comme ça, mais c'est peut être parce que je vois des allusions sexuelles évidentes partout
Posté le 23 mars 2013 à 20 h 40m 23s |
Hahaha !
pas mal
Posté le 23 mars 2013 à 20 h 43m 07s |
Et c'est à quel moment que le héros qui glande à la bibliothèque municipale est tout émoustillé devant une bande de collégiennes en jupette et va se branler aux toilettes ?
Posté le 23 mars 2013 à 21 h 01m 00s |
Hein ? pas compris.
Posté le 23 mars 2013 à 21 h 03m 30s |
J'avais ca sinon:
Je suis dans un état bizarre, à la fois soulagée et très, très mal. Je n'ai qu'une seule envie, m'allonger et dormir, me laisser tomber, là, me tirer le bang le plus fort que je puisse et me laisser couler, rien d'autre
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Je me relève. Je regarde encore un petit moment l'eau couler, noire en bas.
Allusion... Bref
Tu y vas fort sur les détails, suggérer n à pas l'air d'être le style de la maison.
C'est un peu le syndrome récurrent de l'époque je trouve,dans les series c'est pareil,maintenant on explique comment se débarasser d'un cadavre et meme qu'on te montre.(acide urique,récipient en plastique et une hache)
C'est vraiment nécéssaire,qu'est ce que t'en penses?
Je m'entraine au cas où je finisse dans un salon de thé littéraire par mégarde.
Posté le 23 mars 2013 à 21 h 40m 27s |
Ah, oui. en effet. plusieurs fois le terme couler. et je crois bien que cette notion de couler (ainsi que pas mal de références à l'eau en général) revient plusieurs fois dans le discours de la narratrice. pour les idées que ça peut faire venir, je te laisse juge. mais, donc : bien vu.
je ne sais pas si j'y vais un peu fort sur les détails. c'est vrai que les scènes que j'ai choisies de donner en exemple ne sont pas tellement suggestives. concernant ce livre, ce que j'ai voulu faire (et qui est, si j'en crois les quelques critiques, pas trop raté), c'est une impression à la fois de détail extrème (comme si tout ce qu'on regardait l'était de très près, et pendant très longtemps), et de rupture narrative forte (en étant très concis dans l'action elle-même) ; l'idée, en gros, de mettre le lecteur à quelque chose qui ressemble, non pas du cinéma ou de la série télé, mais plutôt à une exposition de photos. sans doute que, si tu aimes la subtilité dans ce qui est montré, et la suggestion dans la manière de la faire, tu n'aimerais pas. je ne sais pas.
c'est vrai aussi que je viens (en tant que lecteur, mais aussi comme écrivain) d'une littérature qui privilégie l'image forte à l'image suggérée.
je ne sais pas trop si c'est nécessaire. je ne crois pas qu'une forme d'écriture puisse être plus ou moins nécessaire qu'une autre.
moi, c'est ce que j'aime lire, et ce que j'aime écrire, en tout cas. j'aime ce jeu que permet l'action détaillée sur le rythme, et aussi la cassure violente que provoque, au contraire, l'utilisation brève de l'ellipse.
Posté le 23 mars 2013 à 21 h 41m 32s |
Il manque un mot :
l'idée, en gros, de mettre le lecteur FACE à quelque chose qui ressemble, non pas du cinéma ou de la série télé, mais plutôt à une exposition de photos.
