The Dirtbombs
La Roche Sur Yon [Fuzz'Yon] - vendredi 13 juin 2008 |
Il y a des groupes qu'on va voir sur scène comme on ferait un pèlerinage, pleinement conscient qu'on se déplace pour aller voir des idoles.
Et il y a les groupes qu'on va voir sans trop savoir ce que l'on va voir justement : le cas Dirtbombs aux Transmusicales de Rennes 2001 en fait partie. Je m'étais pris une telle claque que je les traque encore des années après. 13 Juin 2008 : sept ans déjà, lorsqu'on coince enfin le gang de Mick Collins dans cette jolie cité vendéenne qu'est La Roche Sur Yon. Et clairement, ce n'est plus le même groupe qui monte sur scène ce soir : on retrouve bien sûr Mick Collins, mais aussi les deux batteurs Pat Pantano et Ben Blackwell, tous déjà présents pour le premier concert français du groupe en décembre 2001. Les deux bassistes de l'époque, à savoir le taré Tom Jackson Potter et le producteur Jim Diamond ont laissé place à Ko Melina (basse fuzz) et Troy Gregory (regular). Le changement de statut est aussi valable du point de vue discographique : au début du siècle, The Dirtbombs, c'était deux albums, dont le premier même pas acheté par 50 personnes en France à l'époque, et une poignée de singles. En 2008, le groupe vient pour la cinquième fois en Europe, en l'occurrence pour défendre son dernier-né, We Have You Surrounded, disque que je me suis bien gardé d'acheter afin de pleinement apprécier la valeur live des titres et aussi pour être surpris, un peu.
Un mot sur la première partie qui gagnerait à être connue : Kelley Stoltz, chanteur originaire de San Francisco signé chez Sub Pop, m'était complètement inconnu auparavant. Accompagné de cinq musiciens, dont un fantomatique saxophoniste, l'artiste nous offre un pop rock atmosphérique intéressant, parsemé de beaux solos de guitare. Le public ne montrera que de peu d'enthousiasme pour Kelley Stoltz, seule Ko des Dirtbombs osant venir se coller à la scène pour se déhancher en rythme tout en prenant environ un million de photos du groupe en action. Le chanteur déclare de manière quelque peu ironique que leur concert du jour a été le meilleur, avant d'introduire auprès du public un certain Patrick Villette, de Lille, grand gagnant d'un tirage au sort qui s'est déroulé dans un fast-food du Nord, et qui aura ainsi le privilège de s'asseoir derrière la deuxième batterie pour le dernier morceau du set. Il fallait bien sûr reconnaître Patrick Pantano, batteur des Dirtbombs, qui vient s'échauffer les baguettes le temps d'un long morceau rock endiablé.
Les Dirtbombs entrent en scène peu avant 22h30, et Mick Collins (chant, guitare, t-shirt gris informe, lunettes noires habituelles et vieille paire de baskets en toile montantes) salue le maigre public présent (guère plus de cent personnes !) d'un carillonant "bonsoir !". A sa droite, à la fuzz, Ko Melina, T shirt Marvin Gaye qui le fait bien, et talonnettes blanches. A sa gauche, à la regular, Troy Gregory, look jean T shirt à l'image du patron. No bullshit. Derrière les fûts, les deux "vétérans" déjà présents à Rennes, j'ai nommé Ben Blackwell, cheveux blonds et désormais barbe de hippie, et Patrick Pantano, dans une hideuse chemise verte. Bref, un groupe qui ne paye pas de mine, mais qui incarne pourtant le nec plus ultra de la classe rock'n'roll.
Le groupe attaque d'entrée avec "Leopardman at C&A" issu de leur dernier-né. Sans aucun temps mort le groupe enchaîne les deux titres qui ouvrent leur impeccable troisième album, "Start The Party" et "Get It While You Can", aussi enjouées et efficaces que sur disque. Le public conquis mais timoré (personne pour danser ou hurler les paroles à tue-tête) a ensuite droit au classique garage-soul, "Underdog", reprise de Sly And The Family Stone.
On sent un groupe parfaitement rodé par des années de route et de concert (après moult changements de personnels, le noyau s'est stabilisé autour du line up actuel depuis quatre ans). Comme à son habitude, le combo ne s'est pas économisé en serviettes de bain, la sueur déversée par Collins et ses acolytes (Gregory en tête) ayant pu suffire à redonner tout son lustre à la mer d'Aral. La set list est ultra rodée et va piocher les titres pour leur grande majorité dans les deux derniers albums, le tout expédié dans nos esgourdes à une cadence infernale. Dommage que le classique Ultraglide In Black n'ait été représenté que par trois titres, à savoir "Underdog", "Ode To A Black Man" et "Chains Of Love". Véritable bombe à fragmentation issue de leur dernier-né, "Wreck My Flow" emporte tout sur son passage, talonné par la remuante "Indivisible". "Ever Lovin' Man", "I Hear the Sirens" et la menaçante "They Have Us Surrounded" ne sont pas en reste.
Fin du concert avec le trop rare et roboratif "Theme From The Dirtbombs", occasion pour Collins de présenter les membres du groupe, le temps d'un pont aménagé rien que pour ça, puis de foncer à toute blinde vers la fin du titre. Cinq minutes de calme et, devant un public extatique le groupe remonte sur scène pour le rappel, qui voit Ko laisser tomber la fuzz pour la six-cordes . Collins, tout sourire comme trop rarement, lance "It's ok to dance, but, please, get cool, huh ?" et plaque les premiers accords de "I Need You Tonight" des atroces INXS. L'occasion de dire qu'une chanson de merde reprise par un bon groupe peut donner un bon résultat. Enfin, il aura fallu attendre le dernier morceau du concert pour que Horndog Fest se rappelle à notre bon souvenir, avec "Granny's Little Chicken".
C'est là que se déroule, sous nos yeux ébahis, l'inattendu : alors que le morceau se prolonge en une jam groovy, le jusqu'alors très discret Ben Blackwell démonte sa batterie, et la remonte en rien de temps au milieu d'un public médusé mais aux anges. Le suit alors Troy Gregory, dont le sport favori doit consister à se faire tripoter par ses fans. Le même Gregory abandonne alors sa basse à un fan qui joue à sa place (!), les deux compères sont bien vite rejoints par le reste du groupe, puis par les membres de Kelley Stoltz, pour un joyeux bordel funky en diable. Clou du spectacle, Ben Blackwell, s'empare d'un micro, puis entame un long discours tel un prophète de l'Apocalypse au milieu de ces fidèles, nous remerciant au passage d'avoir fait l'impasse sur le match de l'équipe de France.
Au terme de vingt minutes de cette véritable communion avec le public, le groupe remonte son matos sur scène et nous salue une dernière fois.
Le meilleur groupe du monde au beau milieu de la Vendée, qui l'eût cru ?
Ceux qui les ont ratés, c'est qu'ils ne les méritent pas.
Merci The Dirtbombs.
Et il y a les groupes qu'on va voir sans trop savoir ce que l'on va voir justement : le cas Dirtbombs aux Transmusicales de Rennes 2001 en fait partie. Je m'étais pris une telle claque que je les traque encore des années après. 13 Juin 2008 : sept ans déjà, lorsqu'on coince enfin le gang de Mick Collins dans cette jolie cité vendéenne qu'est La Roche Sur Yon. Et clairement, ce n'est plus le même groupe qui monte sur scène ce soir : on retrouve bien sûr Mick Collins, mais aussi les deux batteurs Pat Pantano et Ben Blackwell, tous déjà présents pour le premier concert français du groupe en décembre 2001. Les deux bassistes de l'époque, à savoir le taré Tom Jackson Potter et le producteur Jim Diamond ont laissé place à Ko Melina (basse fuzz) et Troy Gregory (regular). Le changement de statut est aussi valable du point de vue discographique : au début du siècle, The Dirtbombs, c'était deux albums, dont le premier même pas acheté par 50 personnes en France à l'époque, et une poignée de singles. En 2008, le groupe vient pour la cinquième fois en Europe, en l'occurrence pour défendre son dernier-né, We Have You Surrounded, disque que je me suis bien gardé d'acheter afin de pleinement apprécier la valeur live des titres et aussi pour être surpris, un peu.
Un mot sur la première partie qui gagnerait à être connue : Kelley Stoltz, chanteur originaire de San Francisco signé chez Sub Pop, m'était complètement inconnu auparavant. Accompagné de cinq musiciens, dont un fantomatique saxophoniste, l'artiste nous offre un pop rock atmosphérique intéressant, parsemé de beaux solos de guitare. Le public ne montrera que de peu d'enthousiasme pour Kelley Stoltz, seule Ko des Dirtbombs osant venir se coller à la scène pour se déhancher en rythme tout en prenant environ un million de photos du groupe en action. Le chanteur déclare de manière quelque peu ironique que leur concert du jour a été le meilleur, avant d'introduire auprès du public un certain Patrick Villette, de Lille, grand gagnant d'un tirage au sort qui s'est déroulé dans un fast-food du Nord, et qui aura ainsi le privilège de s'asseoir derrière la deuxième batterie pour le dernier morceau du set. Il fallait bien sûr reconnaître Patrick Pantano, batteur des Dirtbombs, qui vient s'échauffer les baguettes le temps d'un long morceau rock endiablé.
Les Dirtbombs entrent en scène peu avant 22h30, et Mick Collins (chant, guitare, t-shirt gris informe, lunettes noires habituelles et vieille paire de baskets en toile montantes) salue le maigre public présent (guère plus de cent personnes !) d'un carillonant "bonsoir !". A sa droite, à la fuzz, Ko Melina, T shirt Marvin Gaye qui le fait bien, et talonnettes blanches. A sa gauche, à la regular, Troy Gregory, look jean T shirt à l'image du patron. No bullshit. Derrière les fûts, les deux "vétérans" déjà présents à Rennes, j'ai nommé Ben Blackwell, cheveux blonds et désormais barbe de hippie, et Patrick Pantano, dans une hideuse chemise verte. Bref, un groupe qui ne paye pas de mine, mais qui incarne pourtant le nec plus ultra de la classe rock'n'roll.
Le groupe attaque d'entrée avec "Leopardman at C&A" issu de leur dernier-né. Sans aucun temps mort le groupe enchaîne les deux titres qui ouvrent leur impeccable troisième album, "Start The Party" et "Get It While You Can", aussi enjouées et efficaces que sur disque. Le public conquis mais timoré (personne pour danser ou hurler les paroles à tue-tête) a ensuite droit au classique garage-soul, "Underdog", reprise de Sly And The Family Stone.
On sent un groupe parfaitement rodé par des années de route et de concert (après moult changements de personnels, le noyau s'est stabilisé autour du line up actuel depuis quatre ans). Comme à son habitude, le combo ne s'est pas économisé en serviettes de bain, la sueur déversée par Collins et ses acolytes (Gregory en tête) ayant pu suffire à redonner tout son lustre à la mer d'Aral. La set list est ultra rodée et va piocher les titres pour leur grande majorité dans les deux derniers albums, le tout expédié dans nos esgourdes à une cadence infernale. Dommage que le classique Ultraglide In Black n'ait été représenté que par trois titres, à savoir "Underdog", "Ode To A Black Man" et "Chains Of Love". Véritable bombe à fragmentation issue de leur dernier-né, "Wreck My Flow" emporte tout sur son passage, talonné par la remuante "Indivisible". "Ever Lovin' Man", "I Hear the Sirens" et la menaçante "They Have Us Surrounded" ne sont pas en reste.
Fin du concert avec le trop rare et roboratif "Theme From The Dirtbombs", occasion pour Collins de présenter les membres du groupe, le temps d'un pont aménagé rien que pour ça, puis de foncer à toute blinde vers la fin du titre. Cinq minutes de calme et, devant un public extatique le groupe remonte sur scène pour le rappel, qui voit Ko laisser tomber la fuzz pour la six-cordes . Collins, tout sourire comme trop rarement, lance "It's ok to dance, but, please, get cool, huh ?" et plaque les premiers accords de "I Need You Tonight" des atroces INXS. L'occasion de dire qu'une chanson de merde reprise par un bon groupe peut donner un bon résultat. Enfin, il aura fallu attendre le dernier morceau du concert pour que Horndog Fest se rappelle à notre bon souvenir, avec "Granny's Little Chicken".
C'est là que se déroule, sous nos yeux ébahis, l'inattendu : alors que le morceau se prolonge en une jam groovy, le jusqu'alors très discret Ben Blackwell démonte sa batterie, et la remonte en rien de temps au milieu d'un public médusé mais aux anges. Le suit alors Troy Gregory, dont le sport favori doit consister à se faire tripoter par ses fans. Le même Gregory abandonne alors sa basse à un fan qui joue à sa place (!), les deux compères sont bien vite rejoints par le reste du groupe, puis par les membres de Kelley Stoltz, pour un joyeux bordel funky en diable. Clou du spectacle, Ben Blackwell, s'empare d'un micro, puis entame un long discours tel un prophète de l'Apocalypse au milieu de ces fidèles, nous remerciant au passage d'avoir fait l'impasse sur le match de l'équipe de France.
Au terme de vingt minutes de cette véritable communion avec le public, le groupe remonte son matos sur scène et nous salue une dernière fois.
Le meilleur groupe du monde au beau milieu de la Vendée, qui l'eût cru ?
Ceux qui les ont ratés, c'est qu'ils ne les méritent pas.
Merci The Dirtbombs.
| Intemporel ! ! ! 20/20 | par El Moz |
Photo par GonfletteSETLIST :
Leopardman At C&A
Start the Party
Get It While You Can
Underdog (reprise de Sly & The Family Stone)
Ode To A Black Man (reprise de Phil Lynott)
Sherlock Holmes (reprise des Sparks)
Motor City Baby
Wreck My Flow
My Love For You (reprise d'ESG)
Trainwreck
The Sharpest Claws
Ever Lovin Man
Indivisible
Chains Of Love (reprise de J.J. Barnes)
I Hear The Sirens
Jam #1
Candyass
They Have Us Surrounded
Earthquake Heart
Theme From The Dirtbombs
RAPPEL
I Need You Tonight (reprise d'INXS)
Granny's Little Chicken
Jam #2
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